Débarquement de Provence ? Non merci

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A Toulon de nombreux dignitaires ont rendu hommage aux troupes alliées qui ont débarqué les 14 et 15  août 1944 sur les rivages de la Méditerranée pour libérer les terres françaises de l’occupation nazie. Treize présidents africains étaient invités à la commémoration du 70e anniversaire de cet événement. Sans blague…

Photo anciens combattants africains

Le débarquement en Provence concerne aussi l’Armé d’Afrique.(c) francaislibres.over-blog.com

C’est du Cameroun que j’ai entendu parler pour la première fois du débarquement en Provence. C’était deux jours avant le début des festivités. Lors du journal de la mi-journée, les bonnes gens de la CRTV indiquaient que le président de la République Paul Biya se rendrait en France à l’invitation de François Hollande pour assister à la commémoration du 70e anniversaire du débarquement en Provence. J’ai un peu tiqué sur l’information. Débarquement en Provence ou débarquement en Normandie ? On ne sait jamais avec nos folliculaires des médias d’Etat. Vérification faite, c’est bien en Provence que cet autre débarquement a eu lieu. Je me suis rendu compte que quelques grandes lignes de l’histoire en France de la Seconde Guerre mondiale m’échappent encore.

Je n’avais jamais entendu de ce débarquement en toute sincérité. Seul celui de Normandie faisait alors référence à quelque chose. Le fameux D Day qu’on entend célébrer tous les 6 juin. Presque, un jour férié en France si on s’en tient à la mobilisation médiatique. Et ce même reportage qu’on tourne et qu’on retourne sur les cimetières américains de  Colleville-sur-Mer, de Saint-James, etc. En 2014, la reine d’Angleterre était même invitée. Le débarquement en Normandie ? Je connais l’histoire par cœur. Hey ! J’ai regardé Planète il y a quelques années, j’ai parfois eu l’honneur de capter Histoirelorsque Canal+ et mon câbleur en ont convenance – et tout le temps je me suis fait le plaisir d’ingurgiter les leçons d’histoire de France 2 lors du journal télévisé et pire… dans des émissions animées par Stéphane Bern et Cie.

Et ce débarquement en Provence alors ? Je me suis renseigné notamment via le communiqué de presse de l’Elysée. Après l’avoir lu, j’ai retenu deux informations et souligné deux fautes (de goût).

Les deux informations sont les suivantes :

1-      Le débarquement en Provence a permis l’entrée sur le sol français de soldats de la France libre et de l’armée d’Afrique (Européens, « indigènes » Marocains, Algériens, Sénégalais)

2-      Ce débarquement a été plus décisif que le débarquement en Normandie.

Les fautes (de goût) :

1-      La distinction dans la parenthèse entre les Européens et les indigènes. Mettre indigènes entre guillemets n’excuse rien. La formulation « Marocains, Algériens, etc. » aurait largement suffi pour caractériser les protagonistes. Encore qu’on pouvait s’arrêter aux généralités en disant tout simplement «les Africains», parallélisme des formes oblige !

2-      Lorsque le président du comité scientifique de la mission interministérielle des anniversaires des deux guerres mondiales Jean-Pierre Azéma se permet en 2014 de citer les « Sénégalais » et de mettre un point, il fait plus qu’omettre. Il reproduit un cliché. Celui des tirailleurs sénégalais. C’est vrai que la France coloniale a tenu à englober toutes les milices qu’elle levait dans ses colonies sous le même vocable. Mais tous les tirailleurs n’étaient pas sénégalais même sous cet angle. Le Cameroun – qui n’était pas strictement une colonie de la France – ne répond pas à cette critériologie. Une plus grande circonspection aurait été de rigueur.

Mais passons.

Encore que les véritables tirailleurs sénégalais n’ont pas été gâtés par l’histoire.

Je voudrais revenir sur les deux informations que j’ai pu avoir. C’est mieux de rester positif, n’est-ce pas ?

La bonne humeur n’exclue cependant pas de s’interroger. S’il est vrai que le débarquement en Provence a été plus décisif que celui de Normandie, pourquoi est-ce toujours le même que l’on célèbre à grand renfort de publicité ? Je pose la question même pour les combattants français de France et pour les Européens mobilisés. Une autre question troublante. Pourquoi lors des cérémonies du 15 août 2014 on n’a pas vu, en Provence, les anciens combattants africains qui ont participé à ce débarquement?

– Où étaient les Noirs africains et les Maghrébins comme «Robert Roussafa, 18 ans en 1944, engagé dans les Français libres, qui a débarqué le 15 août 1944 ; Jacqueline Luyton, 24 ans en 1944, résistante, qui faisait la liaison avec le maquis en 1944 ; Louis Polverini, 17  ans en 1944, forestier dans l’Esterel, qui a assisté à l’arrivée des parachutistes alliés».

– Eh bien monsieur on les a cherchés, mais on n’en a trouvé aucun.

– Bien sûr mon cher, comment les auriez-vous trouvés ? Ils sont presque tous morts ou séniles ou fous ou perdus ou… devenus toujours quelque chose de terriblement intouchable.

Je suis petit-fils d’un ancien combattant africain qui s’est battu pour la France sur un autre théâtre. Ça me fait presque rire de voir François Hollande inviter les Paul Biya, les Alassane Ouattara et les autres au grand banquet de la République française.

Ceux-là sont sans doute redevable, mais d’autre chose.

Il y a quelques années, je travaillais sur la situation des anciens combattants au Cameroun. J’ai rencontré quelques responsables de l’Office national des anciens combattants. L’un d’eux m’a raconté la détresse dans laquelle sont morts les vieux croulants qui croyaient à la France malgré la colonisation et par devers l’indigénat. Il a fallu qu’on force la patrie des droits de l’homme à se souvenir d’eux et à aligner leur pension sur celle de leurs frères d’armes métropolitains. Cela fait juste 4 ans que Sarkozy a consenti cet effort. Merci mon frère. La quasi-totalité de ces gens-là sont morts dans le dénuement le plus total. Je ne parle même pas des veuves de ceux qui sont décédés quelques années après la guerre.

Pour ce petit peuple, je ne demande ni gloire, ni interview télévisé ni même inscription de noms sur les monuments de guerre qui ornent les murs des plus petites agglomérations françaises. Je demande qu’on continue l’histoire sans eux. Ils sont partis sachant qu’ils avaient été utilisés comme de la chair à canon. Que l’histoire continue sans eux.

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William Bayiha
Presqu'étudiant, presque curieux, presque reporter, presqu'intellectuel, presque sérieux, presque citoyen du monde... presqu'engagé !

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