Importance du journalisme politique : 5 raisons pour comprendre

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Pourquoi je m’intéresse au journalisme politique, et pourquoi le sujet est important.

J’écris cet article comme une sorte d’exercice d’introspection. Il y est question de savoir en toute subjectivité – bien entendu – pourquoi je m’intéresse à ce domaine très important du journalisme qu’est la politique.

1- Le journalisme politique, c’est tout le journalisme

J’ai toujours considéré qu’il y a une sorte de redite dans la formulation « journalisme politique« . C’est comme si un autre journalisme était possible. Ma perception du métier de journaliste est contextualisée dans le jeu politique à l’échelle globale, régionale ou locale. Le reporter ne prend la parole en société que pour décrire et interroger les actions que différents acteurs sociaux posent dans l’espace public. La vie privée est exclue. Or la politique, c’est précisément le domaine public.

Ce qui m’intéresse ce sont les politiques publiques d’une part et la politique, soit la stratégie mise en place par une personnalité ou une organisation pour arriver à impulser un certain nombre de réformes.

Même lorsqu’il faut rendre compte d’un concert de coupé-décalé, je pense que le journaliste doit avoir une perspective plus analytique, plus sociologique pour déceler dans cet événement baptisé culturel des éléments de compréhension de la société et des rapports de force qui la régissent à un moment donné. Le reste n’est que spectacle : ce qu’on appellerait en anglais entertainment.

2- Le fait politique est ce qui fait que le journalisme mène à tout

Vous connaissez sans doute cet adage. Le journalisme mène à tout. Je crois que c’est ce genre de pensée qui m’a encouragé à choisir de faire ce métier. J’ai au moins l’assurance virtuelle que je pourrais le quitter un jour. Mais pour cela, il faut travailler comme journaliste politique. Comment ?

L’une des dernières actualités que j’ai suivie est relative à la publication du 8e rapport de conciliation de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives au Cameroun (ITIE pour les intimes). J’y suis allé en tant que journaliste intéressé par les questions de politiques publiques telle que la transparence. Mais pour tout comprendre, il est nécessaire se familiariser avec les notions d’économie et de comptabilité.

Lorsque les experts du cabinet Stephen&Moore déclinent les conclusions de leur travail, les beaux poèmes de Victor Hugo ne servent plus a rien. Les chiffres défilent et il faut se les approprier.

Mais le journaliste n’est pas une machine non plus. Donc, il va aller à la rencontre des experts en matière de transparence dans le domaine des industries extractives… Au fil des rencontres et au bout d’un certain temps, il acquiert également une certaine expertise dans le domaine. Des compétences toujours renouvelées qui peuvent in fine le mener à tout.

 3- Le journalisme politique est le domaine du journalisme le plus vendeur

Notons d’abord le cas du site américain politico.com. La politique peut décider de se segmenter en plusieurs domaines pertinents, en plusieurs niches qui traversent l’ensemble du champ social. Et il semble que ce soient actuellement les niches qui rapportent de l’argent dans le monde des médias !

Ok ?

Je n’ai pas les statistiques. Mais j’observe que la plupart des quotidiens généralistes consacre leurs premières pages aux actualités politiques. Elections, scandales, nominations, propositions, etc. Il n’y a rien à dire, la politique à la cote. C’est elle qui donne le tempo d’une publication. Ce sont les prises de position des journalistes politiques qui lui donne in fine son orientation ou du moins la perception que le public en a.

J’ai travaillé pendant deux ans et demi pour le quotidien La Nouvelle Expression. J’étais déjà habituée aux remarques de mes sources et d’autres personnalités qui me faisaient remarquer qu’il s’agissait d’un « journal de l’opposition« . Non pas que le journal ait une opinion opposée à celles dominantes dans le champ du sport, de la mode ou de l’économie – encore que !

Le fait est que nous donnions la parole à tous les acteurs de la scène politique nationale mais surtout aux Social democratic Front, le principal parti de l’opposition parlementaire. Ipso facto, La Nouvelle Expression a été classée journal de l’opposition. Ses lecteurs l’achètent pour cela et les boudeurs le boudent aussi pour la même raison. Les autres articles quelques consensuels qu’ils soient n’intéressent personne.

 4- Malgré les apparences, la politique c’est fun

Ceux qui n’ont pas encore regardé la série House of Card de Netflix peuvent aller se rhabiller – ou jeter un rapide coup d’œil à la vidéo ci-dessus, voire cliquer ici et . Il n’y a en effet rien de plus savoureux que d’être dans le secret des dieux, de savoir les coulisses, d’être en quelque sorte l’Oracle de Delphes, la muse qui inspire la réalité et qui prédit l’avenir.

Lorsque j’étais à l’école de journalisme, mon professeur de déontologie avait une phrase qu’il aimait dire mais que je n’ai comprise que très récemment : « Le journaliste ne publie que 30 % de ce qu’il sait, et encore ! » Le journalisme politique met le professionnel au centre de plusieurs interactions qui font qu’il sent les orages venir, il assiste parfois à la naissance des disgrâces tout comme il est l’annonciateur de la naissance ou de la renaissance des grandes gens.

Les passionnés de l’actualité politique du Cameroun se rappellent sans doute de l’affaire Marafa Hamidou Yaya. Les dernières années de l’ancien ministre d’Etat ont été un théâtre ouvert où les observateurs attentifs ont compris que la scène qui se jouait était une tragédie grecque, un Œdipe roi alternatif dans lequel le parricide n’a pas eu lieu.

5- Parce qu’il est important, le journalisme politique est dangereux

Pendant que je vous parle des bons côtés du journalisme politique, je reçois un appel du secrétariat général de l’Assemblée nationale. Je suis décommandé pour la couverture d’un évènement pour « mauvaise conduite« . Lol. Tant mieux, j’irai quand même. Je considère que je n’ai pas besoin d’être invité pour suivre des faits publics qui se déroulent au Cameroun, un pays où je suis citoyen et où je paie des impôts.

Il ne faut quand même pas exagérer !

Continuons.

Si vous êtes étudiant en journalisme et intéressé par le fait politique, il faudrait vous attendre à la matraque. Charlie Hebdo fait de la politique. C’est dans le champ politique que l’on compte le plus grand tas de cadavres dans l’univers du journalisme. C’est violent.

Les dictatures ont compris à quoi rime le journalisme et préfère le confiner à une activité oiseuse de bonnes gens qui rendent compte des séminaires et des colloques mais ne demandent de comptes à personne. Je discutais récemment avec une consœur qui correspond à cette description. Son opinion était que le meilleur journaliste était un journaliste non engagé. C’est son opinion, je ne la partage pas. Tout en la respectant, je la trouve puérile. J’ai ri.

Comprenez mon émotion. J’ai en face de moi un acteur politique qui dit être non engagé.

Je pense qu’un journaliste doit être et est effectivement une personnalité politisée, ce qui ne signifie pas qu’elle soit partisane. Mais elle comprend et cherche à se tenir au courant des enjeux qui traversent son environnement social. On ne prend pas sa plume pour écrire juste pour le plaisir de le faire. Certaines personnes le font pour de l’argent… C’est vrai ! Dans ce cas alors, il faut choisir le camp qui ne sera pas mis en défaut par l’histoire.

Je pense en ce moment précis à tous ces grands noms qui ont fait de la presse une instance politique et du journalisme une voix tonitruante dans les assemblées ou le peuple a été brutalement éjecté. Je pense à tous ces Zola incarcérés, à tous ces Pius Njawe mis hors d’état de nuire, a tous ces hommes bastonnés qui ont réussi à faire reculer les pouvoirs constitués pour donner à l’opinion publique le statut d’opinion respectée.

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William Bayiha
Presqu'étudiant, presque curieux, presque reporter, presqu'intellectuel, presque sérieux, presque citoyen du monde... presqu'engagé !

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