La surpopulation de l’Afrique est un mythe

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Les Africaines font trop d’enfants et le défi de l’Afrique, pour se développer, est de réduire sa natalité. Voilà en quelques mots comment pourraient se résumer les récents propos du président français Emmanuel Macron. «Dans un pays qui compte encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien», a-t-il observé alors qu’il répondait à une question lors d’une conférence de presse en marge du sommet du G 20.

Alors comme ça, l’Afrique serait trop peuplée ? L’idée en elle-même n’est pas nouvelle. Et depuis au moins les années 1970, des programmes de panification familiale se sont abattus sur le continent avec enthousiasme. Le discours est le même : il faut maîtriser l’explosion démographique en Afrique.

Mais moi qui vis en Afrique, je n’ai pas franchement l’impression de vivre dans un contexte de surpopulation étouffante. Cette surpopulation qu’une certaine élite occidentale et occidentalo-centrée essaie coûte que vaille d’inséminer dans nos cerveaux, je ne la sens pas m’astreindre.


Statistiques

La télévision et l’internet sont des vecteurs de mondialisation des idées. Ces canaux permettent à ceux qui comme moi font partie de la périphérie, de la marge du monde, d’entrevoir ce qui se passe au centre. Et lorsque je regarde le dynamisme des villes d’Europe occidentale et de l’Amérique du Nord – je ne parle même pas d’Asie du Sud-Est, eh bien, j’en arrive à la conclusion que l’Afrique est relativement sous-peuplée.

Et déférence gardée envers toutes les agences statistiques du monde et au sérieux de leurs enquêtes, je me pencherai modestement et assez paresseusement sur Wikipédia pour déterminer, si mon intuition m’a induit en erreur.

Ma méthode est simple : déterminer à l’aide d’un tableau basique le nombre d’habitants dans chaque continent, en donner la superficie et d’en déterminer la densité. Pour rappel, la densité est le rapport entre le nombre d’habitants et la superficie d’un territoire donnée. 

De ce tableau, il ressort sans surprise que l’Asie est le continent le plus peuplé avec une densité de 99 habitants au kilomètre carré. Mais le plus important est que l’Asie est suivi de l’Europe qui enregistre une densité de 73. Près de deux fois plus que celle de l’Afrique qui se classe 3e devant l’Amérique et l’Océanie.

Mais cette place de l’Afrique est-elle encore trop généreuse lorsqu’on sait qu’en Amérique, il existe une vraie césure entre l’Amérique du nord et l’Amérique du sud. Au nord, les Etats-Unis enregistrent une densité de 33 habitants au kilomètre carré.


En matière de surpopulation, il faut comparer les choses comparables

Les détracteurs du «ventre des Africaines » ont d’autres arguments. Ils pointent précisément le taux de fécondité. Il les effraie. 7 à 8 enfants par femme, dit M. Macron. Un chiffre invérifiable puisque le record du taux de fécondité est détenu par le Niger et il est de six (6) enfants par femme. Un chiffre qu’il faut mettre en contexte. Le Niger, c’est 20 millions d’habitants pour 1,2 million de km². Avec une densité de 16,38 habitants au kilomètre carré, Niamey n’a pas de leçon de surpopulation à recevoir de la France qui enrégistre une densité de 98,8 habitants/km² !Et puis pour finir, j’en vois qui, gênés, commencent à dire qu’il faut comparer les choses comparables ? Je suis d’accord avec vous. Arrêtez de comparer l’Afrique aux autres continents, à vouloir lui trouver une bonne manière d’être, une civilisation qui ne serait pas un défi, une histoire dans laquelle elle ne serait pas entrée, une fécondité qui serait trop débridée… L’Afrique a le droit de commettre ses propres erreurs, de trouver sa propre voie et parfois d’avoir raison de vivre sa vie.

 

En France, l’État s’inquiète régulièrement de la baisse de la natalité, mais en Afrique, M. Macron plaide pour la maîtrise de la fécondité. Comme si le fait que les femmes ont moins de bébés en France est de la faute des Africains. En fait, le double discours du président français, mais aussi celui plus froid des institutions financières internationales, ne visent qu’à continuer à maintenir l’image d’une Afrique surpeuplée alors que le continent est en fait un nain démographique qui ne risque pas de «submerger» l’Europe.

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William Bayiha
Presqu'étudiant, presque curieux, presque reporter, presqu'intellectuel, presque sérieux, presque citoyen du monde... presqu'engagé !

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