Transformer sur place les matières premières pour combattre l’immigration clandestine ?

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Jeune homme au travail.

Très peu d’emplois à long terme naissent des investissements en Afrique. Cela conduit notamment à l’immigration clandestine.

La question migratoire a été au cœur du sommet Afrique-Europe qui s’est tenu à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Et dans les discussions, le chômage de masse a été identifié comme le principal mal qui ronge le continent et pousse la jeunesse à partir. En évoquant la question du chômage, on tombe sur des chiffres qui poussent à réfléchir…

Ce texte a été diffusé dans le cadre de la Chronique Business sur Africanews.

L’immigration des Africains vers l’Europe a été une idée fixe lors du sommet d’Abidjan. Et en filigrane des discours des dirigeants européens et africains, nous avons retrouvé la certitude selon laquelle les migrants prennent d’assaut la Méditerranée pour fuir la pauvreté et le chômage en Afrique.

Pauvreté-chômage-Afrique, triptyque qui fait sens dans tous les débats actuels sur l’immigration.

Face à cette certitude, je me suis intéressé aux chiffres du chômage en Afrique pour savoir, comme c’est souvent suggéré, si le départ pour l’Europe est dû à une sorte de désœuvrement sur le continent.

Et selon les tendances 2017 de l’Organisation internationale du Travail intitulées « Emploi et questions sociales dans le monde », on peut voir que le chômage en Afrique touche 8 % de la population en âge de travailler et que ce chiffre est stable depuis 2016.

En regardant de plus près, on note que la situation de l’emploi proprement dite est meilleure en Afrique subsaharienne, Afrique du Sud – où le chômage culmine à 25 % – mise à part. Au regard du discours développé sur l’oisiveté des Africains, ces chiffres ont effectivement de quoi étonner.

C’est quoi un chômeur, au fait ?

Dire que seuls 8 % de la population africaine connaît le chômage pourrait intriguer ceux d’entre vous qui vivent en Afrique et qui continuent à voir de nombreux jeunes ne pas prendre le chemin du bureau ou d’un quelconque chantier.

C’est l’occasion pour moi de rappeler que selon le Bureau international du Travail, être sans emploi, être un chômeur, signifie trois choses.
  • Primo : ne pas avoir travaillé au moins une heure durant une semaine de référence.
  • Secundo : être disponible pour prendre un emploi dans les 15 jours.
  • Tertio : avoir cherché activement un emploi dans le mois précédent…

Ce que vous observez dans les rues, c’est en fait le symptôme ce qu’on appelle les emplois vulnérables.

Et le pourcentage en est élevé en Afrique en général. En Afrique subsaharienne près de 7 personnes sur 10 se retrouvent dans en situation de vulnérabilité.

Lorsqu’on parle d’emplois vulnérables, on évoque des emplois précaire. Ceux-ci ne donnent pas souvent lieu à des protections sociales et sont particulièrement soumis à l’insécurité du marché de l’emploi.

À noter également : sur les 70 % de la population touchée par l’emploi précaire en Afrique subsaharienne, les 2/3 sont des jeunes.

L’immigration est due au manque d’emplois stables

Pour revenir à notre sujet, à savoir le sommet Afrique-Union européenne qui s’est tenu à Abidjan, j’aimerais réagir aux déclarations des chefs d’État qui annoncent qu’ils vont créer les conditions économiques pour retenir les jeunes sur le continent.

Je ne pense franchement pas que pas ce soit une question liée à la performance économique en tant que telle.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Junker a noté que la croissance économique en Afrique a été impressionnante durant la dernière décennie… mais qu’elle est insuffisamment inclusive. En d’autres termes, cette croissance ne profite pas à toutes les couches de la population. Je pense notamment aux jeunes et aux femmes.

Mais les femmes et les jeunes peuvent-ils réellement être impliqués dans l’organisation actuelle des économies africaines ? Je voudrais noter avec vous que le tissu productif africain est encore essentiellement tourné vers l’exportation des matières premières.

Avec des cours intéressants à l’exportation, les économies du continent ont profité de leurs croissances pour investir, parfois massivement, dans les infrastructures.

Des emplois ont été créés, mais cela a été des emplois qui ne duraient que le temps du projet de construction de la route, du pont ou du barrage.

Très peu d’emplois à long terme naissent de ces investissements. Pourtant, il faudrait 22 millions d’emplois stables chaque année en Afrique pour occuper les nouvelles générations qui arrivent sur le marché du travail.

Mais avec des économies extraverties à la balance commerciale largement déficitaire, difficile d’empêcher la main d’œuvre employée au gré des chantiers, sans garantie pour le lendemain, de suivre le chemin que prennent les matières premières, agricoles, minérales, halieutiques, qui ont du mal à être transformées sur place.

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William Bayiha
Presqu'étudiant, presque curieux, presque reporter, presqu'intellectuel, presque sérieux, presque citoyen du monde... presqu'engagé !

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