Le football camerounais exaspère Paul Biya

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  • Le président de la République a exprimé son mécontentement au ministre des Sports et de l’Éducation physique (minsep) le 23 décembre 2012. Une critique motivée.

S’il est un domaine sur lequel Paul Biya ne brille pas, c’est bien celui des petites phrases. Pourtant à  la fin de la cérémonie de remise de trophée de la Coupe du Cameroun de football, le président Biya qui s’apprête à s’engouffrer dans sa berline y est allé sans détour. La scène se passe alors qu’il adresse ses félicitations au ministre Adoum Garoua. Une coutume. Le problème est qu’en saluant les efforts qui ont été faits pour le développement du mouvement sportif national en général, Paul Biya stigmatise le « sport-roi » d’une manière fort peu diplomatique. « Beaucoup reste à faire dans le domaine du football » a en substance dit le président à son collaborateur sur le ton du reproche.   Devant les cameras de télévision et un parterre d’officiels non seulement du minsep et de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), la petite phrase présidentielle n’a pas loupé sa cible.

Le minsep se fait remonter les bretelles par la presse depuis fort longtemps.

Le minsep se fait remonter les bretelles par la presse depuis fort longtemps.

Mais au-delà de l’inconfort où ont dû se trouver certaines des responsables du football national, les raisons qui ont poussées le locataire d’Etoudi de sortir de sa réserve se concentrent autour d’un constat : le Cameroun du football n’a rien gagné pendant l’année passée. La première est la chute de la qualité du jeu sur la pelouse. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir le taux de remplissage des gradins du stade Amadou Ahidjo le jour de finale de coupe du Cameroun et qui pis est en présence du chef de l’Etat. Les tribunes étaient vides. C’était déjà le cas en 2011, cette année-là même les passants étaient réquisitionnés pour remplir le stade. En 2010, c’est le premier ministre qui a présidé la cérémonie en lieu et place de Paul Biya. Moins important que l’engouement du public pour ce que le président qualifiait il y a quelques années de «notre sport-roi», il y a les crises multiples dans l’ensemble des institutions footballistiques nationales. Ce jusque dans l’équipe nationale.

Les grandes déceptions

Dénis Lavagne l'un des responsables de la chute du football camerounais en 2012

Dénis Lavagne l’un des responsables de la chute du football camerounais en 2012

La Fecafoot a donné le spectacle le plus prolifique en matière de conflit entre le dernier trimestre 2011 et l’ensemble de l’année 2012, si on s’en tient à l’actualité la plus récente. D’abord il y a eu la grève des primes des joueurs de l’équipe nationale senior en marge de la LG Cup au Maroc en novembre 2011 justement. Gérée à sa manière par la fédération, cette crise s’est prolongée en une suspension pour Samuel Eto’o et en sanctions pécuniaires pour deux de ses co-équipiers.  Déjà, Paul Biya est dit-on intervenu pour essayer de calmer le jeu entre la star d’Anzhi et les responsables de la Fecafoot et du Minsep. Entre temps, comme toujours, il y a eu des problèmes avec l’entraîneur français Denis Lavagne et l’arrivée d’Akono en catastrophe pour sauver les meubles. Malheureusement, le Cameroun a été privé pour la deuxième fois de suite d’une participation à la Coupe d’Afrique des Nations (Can). Sur un autre plan, la participation des Lionnes aux Jeux olympiques de Londres a été nulle. Zéro point en trois matches ! Même lors de la récente Coupe d’Afrique militaire à Abidjan, le Cameroun n’a pas pu faire mieux qu’une deuxième place.

Jean Paul Akono n'a pas pu sauver une année catastrophique.

Jean Paul Akono n’a pas pu sauver une année catastrophique.

Au niveau de la ligue professionnelle de football, il n’y a pas non plus de quoi faire sauter de joie le président de la République. Pour des raisons financières et d’égo, le championnat s’est brusquement interrompu pendant une longue période pour ne reprendre qu’en juillet dernier. Même dans l’intimité des clubs d’élite, l’actualité la plus récurrente a été les querelles de leadership et les questions de primes impayées aux joueurs. Ceci est vrai autant pour le Canon, le Tonnerre, l’Union de Douala, etc.

On comprend dès lors pourquoi cinq mois sont passés entre la qualification des équipes et la décision d’organiser cette finale de la Coupe du Cameroun de football pendant les derniers jours de l’année. De toute évidence, Paul Biya a repoussé le plus possible l’occasion de subir le spectacle du football camerounais. En faisant abstraction des autres sports qui se trouvent dans une situation tout aussi précaire que le football, la réaction de Paul Biya ne relève pas seulement de l’humour noir. Il semble que désormais, les problèmes du football camerounais sont définitivement classés dans le parafeur des grandes réalisations de la République.