Débarquement de Provence ? Non merci

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A Toulon de nombreux dignitaires ont rendu hommage aux troupes alliées qui ont débarqué les 14 et 15  août 1944 sur les rivages de la Méditerranée pour libérer les terres françaises de l’occupation nazie. Treize présidents africains étaient invités à la commémoration du 70e anniversaire de cet événement. Sans blague…

Photo anciens combattants africains

Le débarquement en Provence concerne aussi l’Armé d’Afrique.(c) francaislibres.over-blog.com

C’est du Cameroun que j’ai entendu parler pour la première fois du débarquement en Provence. C’était deux jours avant le début des festivités. Lors du journal de la mi-journée, les bonnes gens de la CRTV indiquaient que le président de la République Paul Biya se rendrait en France à l’invitation de François Hollande pour assister à la commémoration du 70e anniversaire du débarquement en Provence. J’ai un peu tiqué sur l’information. Débarquement en Provence ou débarquement en Normandie ? On ne sait jamais avec nos folliculaires des médias d’Etat. Vérification faite, c’est bien en Provence que cet autre débarquement a eu lieu. Je me suis rendu compte que quelques grandes lignes de l’histoire en France de la Seconde Guerre mondiale m’échappent encore. la suite…

Palais de l’Unité : attention aux voleuses

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Les agents de la sécurité présidentielle vont avoir les femmes à l’œil lors de la traditionnelle réception que donne le couple présidentiel à l’occasion de la fête nationale ce 20 mai 2013.

L’affaire a défrayé la chronique politico-administrative de Yaoundé en 2010. L’hebdomadaire La Météo affirmait péremptoire que Marie Claire Nnana, la directrice du journal de service public Cameroon Tribune avait été prise la main dans le sac par les membres de la Direction de la sécurité présidentielle (DSP). Invitée à prendre le « repas de l’Unité nationale », elle aurait dérobé un pot de fleurs naturelles qu’elle avait enfoui dans son sac. Grâce à des cameras de sécurité, les agents de la DSP l’auraient interpellée pour avoir des explications sur cet acte aussi incroyable que cocasse. Une formalité en réalité puisque la dame Nnana avait été priée de rendre ce qu’elle avait soustrait. Et sa casquette de directrice générale avait fait le reste…

La première dame ne manque pas elle aussi de faire des petits ratés lors de la parade civilo-militaire.

La première dame ne manque pas elle aussi de faire des petits ratés lors de la parade civile et militaire.

Vraie ou fausse, cette anecdote souligne l’une des principales missions que devront remplir les agents de la DSP lors de la soirée de ce 20 mai 2013. Surveiller tout le monde, sans exception. Galanterie oblige, une attention particulière est consacrée à la gent féminine. Avec leurs vêtements amples et leurs sacs à main fourre-tout, il est interdit de perdre les femmes de vue. Malheureusement, c’est une fatalité. A chaque occasion, l’argenterie du Palais de l’Unité est emportée par certains invités visiblement collectionneurs des biens de l’État. Une cuillère en argent que l’on oublie de rendre et que l’on glisse subrepticement dans son sac à main, un paquet de nappes jetables qu’on juge inopportun de laisser, une part de gâteau qu’on verrait bien dans l’assiette des enfants qui sont restés à la maison… Tout est sujet à larcin. Rien d’étonnant quand on sait qu’il y a plus d’un millier de convives dans la salle des banquets et dans les jardins d’Etoudi. Mais le problème est que la plupart des invités sont des personnalités de la République ; des gens-comme-il-faut.

Au-delà du vol, le dîner qu’offre le couple présidentiel au «peuple camerounais» est un excellent poste d’observation des bassesses de la République. Combien sont-ils les directeurs généraux, les hauts gradés, les ministres et autres ambassadeurs plus ou moins itinérants qui se bousculent, se serrent, se regardent, se guettent pour serrer la main du président de la République ou de Chantal Biya ? L’histoire se corse lorsqu’on parle de l’accès au buffet. Tout ceci se passe devant les cameras de la plupart des télévisions camerounaises. On peut alors voir en direct que la politique du ventre dont on parle à propos de certaines personnalités n’est pas qu’une image. Souvent, on a même vu d’anciens ministres utiliser cette soirée mondaine pour faire des demandes politiques osées à Paul Biya. C’est le cas de cet homme d’État qui suppliait, il y a quelques années le président de le réadmettre au gouvernement. Même comme ministre de la condition féminine ! Mais des contemporains, on ne cite pas les noms.

Un premier ministre à la barre !

E. inoni
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  • Une première sous Paul Biya
E. inoni

Ephraim Inoni, le premier premier ministre interpellé pour répondre des accusations de corrution au Cameroun.

Cela s’est passé ce 20 février 2013 dans une des salles d’audience du tribunal criminel spécial à Yaoundé. Si vous n’êtes pas Camerounais, vous n’allez sans doute pas tout comprendre. Mais n’hésitez pas à suivre les liens. Bon je disais que c’est une première qu’un chef du gouvernement soit traîné devant la justice au Cameroun de Paul Biya. Il est accusé de détournement de fond en coaction avec un ancien secrétaire général de la présidence de la République. La cause ? ils auraient fait pression pour que l’Etat attribue un marché d’audit à un cabinet d’expert sur la gestion qui était faite de l’ancienne compagnie aérienne Cameroon Airlines. L’audit a pourtant été réalisé et les résultats ont même été sévère envers l’équipe dirigeante de la Camair à l’époque (2004). La justice soupçonne l’ancien premier ministre Ephraïm Inoni d’avoir pris des pots de vin pour attribuer ce marché. Conséquence, lui, le secrétaire général de la présidence  et le patron du cabinet d’audit sont accusés d’avoir détourné l’argent destiné à réaliser cet audit. La somme querellée s’élève à 287 400 000 francs. Mais je répète que l’audit a été réalisé.

Catharsis

Une opinion parle de chasse aux sorcières. Le président Biya chercherait à donner au peuple l’impression qu’il s’occupe des affaires du pays en traînant ses anciens collaborateurs dans la boue. La théâtralisation est poussée à son paroxysme, continue cette opinion, par le fait le pouvoir de Yaoundé communique sur l’Opération Epervier comme si les accusés étaient déjà coupables. Des affaires de détournement présumé barrent la Une du quotidien de service public désormais affidé au pouvoir alors qu’en même temps, le Cameroun est victime de la folie terroriste des membres de Boko Haram. Quelles sont les priorités ? Enfin bref, pour ce qui est de l’ancien premier ministre Inoni, il est en prison depuis le 16 avril 2012. Donc 10 mois après son interpellation, il assiste à une première audience. Un peu comme si la justice l’a d’abord interpellé avant de commencer à faire des enquêtes. Commentaires tendancieux mis à part, on marche quand même sur la tête dans mon pays.

Le football camerounais exaspère Paul Biya

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  • Le président de la République a exprimé son mécontentement au ministre des Sports et de l’Éducation physique (minsep) le 23 décembre 2012. Une critique motivée.

S’il est un domaine sur lequel Paul Biya ne brille pas, c’est bien celui des petites phrases. Pourtant à  la fin de la cérémonie de remise de trophée de la Coupe du Cameroun de football, le président Biya qui s’apprête à s’engouffrer dans sa berline y est allé sans détour. La scène se passe alors qu’il adresse ses félicitations au ministre Adoum Garoua. Une coutume. Le problème est qu’en saluant les efforts qui ont été faits pour le développement du mouvement sportif national en général, Paul Biya stigmatise le « sport-roi » d’une manière fort peu diplomatique. « Beaucoup reste à faire dans le domaine du football » a en substance dit le président à son collaborateur sur le ton du reproche.   Devant les cameras de télévision et un parterre d’officiels non seulement du minsep et de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), la petite phrase présidentielle n’a pas loupé sa cible.

Le minsep se fait remonter les bretelles par la presse depuis fort longtemps.

Le minsep se fait remonter les bretelles par la presse depuis fort longtemps.

Mais au-delà de l’inconfort où ont dû se trouver certaines des responsables du football national, les raisons qui ont poussées le locataire d’Etoudi de sortir de sa réserve se concentrent autour d’un constat : le Cameroun du football n’a rien gagné pendant l’année passée. La première est la chute de la qualité du jeu sur la pelouse. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir le taux de remplissage des gradins du stade Amadou Ahidjo le jour de finale de coupe du Cameroun et qui pis est en présence du chef de l’Etat. Les tribunes étaient vides. C’était déjà le cas en 2011, cette année-là même les passants étaient réquisitionnés pour remplir le stade. En 2010, c’est le premier ministre qui a présidé la cérémonie en lieu et place de Paul Biya. Moins important que l’engouement du public pour ce que le président qualifiait il y a quelques années de «notre sport-roi», il y a les crises multiples dans l’ensemble des institutions footballistiques nationales. Ce jusque dans l’équipe nationale.

Les grandes déceptions

Dénis Lavagne l'un des responsables de la chute du football camerounais en 2012

Dénis Lavagne l’un des responsables de la chute du football camerounais en 2012

La Fecafoot a donné le spectacle le plus prolifique en matière de conflit entre le dernier trimestre 2011 et l’ensemble de l’année 2012, si on s’en tient à l’actualité la plus récente. D’abord il y a eu la grève des primes des joueurs de l’équipe nationale senior en marge de la LG Cup au Maroc en novembre 2011 justement. Gérée à sa manière par la fédération, cette crise s’est prolongée en une suspension pour Samuel Eto’o et en sanctions pécuniaires pour deux de ses co-équipiers.  Déjà, Paul Biya est dit-on intervenu pour essayer de calmer le jeu entre la star d’Anzhi et les responsables de la Fecafoot et du Minsep. Entre temps, comme toujours, il y a eu des problèmes avec l’entraîneur français Denis Lavagne et l’arrivée d’Akono en catastrophe pour sauver les meubles. Malheureusement, le Cameroun a été privé pour la deuxième fois de suite d’une participation à la Coupe d’Afrique des Nations (Can). Sur un autre plan, la participation des Lionnes aux Jeux olympiques de Londres a été nulle. Zéro point en trois matches ! Même lors de la récente Coupe d’Afrique militaire à Abidjan, le Cameroun n’a pas pu faire mieux qu’une deuxième place.

Jean Paul Akono n'a pas pu sauver une année catastrophique.

Jean Paul Akono n’a pas pu sauver une année catastrophique.

Au niveau de la ligue professionnelle de football, il n’y a pas non plus de quoi faire sauter de joie le président de la République. Pour des raisons financières et d’égo, le championnat s’est brusquement interrompu pendant une longue période pour ne reprendre qu’en juillet dernier. Même dans l’intimité des clubs d’élite, l’actualité la plus récurrente a été les querelles de leadership et les questions de primes impayées aux joueurs. Ceci est vrai autant pour le Canon, le Tonnerre, l’Union de Douala, etc.

On comprend dès lors pourquoi cinq mois sont passés entre la qualification des équipes et la décision d’organiser cette finale de la Coupe du Cameroun de football pendant les derniers jours de l’année. De toute évidence, Paul Biya a repoussé le plus possible l’occasion de subir le spectacle du football camerounais. En faisant abstraction des autres sports qui se trouvent dans une situation tout aussi précaire que le football, la réaction de Paul Biya ne relève pas seulement de l’humour noir. Il semble que désormais, les problèmes du football camerounais sont définitivement classés dans le parafeur des grandes réalisations de la République.