Bref, j’ai couvert le conflit Israël-Hamas

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Je suis allé à l’ambassade d’Israël à Yaoundé pour discuter du conflit Israël-Hamas avec l’ambassadeur Nadav Cohen. Et j’ai remarqué que l’accès à la représentation diplomatique n’est pas simple.

Le graffiti de Benjamin Netanyahou

Graffiti de Benjamin Netanyahu (photo par Thierry Erhmann/Creative Commons License/Flickr). SHARE: By Kevin Beane.

Bref !  Au-delà du message, ce sont les à-côtés qui m’ont le plus frappé lors de mon passage à l’ambassade d’Israël à Yaoundé, il y a quelques jours. Le dispositif sécuritaire pour accéder à l’ambassade est quelque peu particulier au regard même de ce qui se fait à l’ambassade des Etats-Unis à Yaoundé. Pour arriver dans la salle de conférences, il faut passer au moins six portes, si je fais abstraction de la salle d’attente. Déjà la rue qui passe devant l’ambassade n’est pas à accès libre. Deux barrières de police sont disposées pour filtrer les allers et venues. Les visiteurs doivent décliner leur identité. On s’assure que vous êtes attendus.

Quand tout est OK, c’est l’aide de camp de l’ambassadeur qui vous prend en charge. A quoi ressemble-t-il ? A un Américain, au Yankee ordinaire des films western. Vous savez, celui qui fait partie d’une bande mais qu’on ne remarque presque pas. Il met une chemise kaki et des écrase-merdes que je ne porterais pour rien au monde.  J’étais avec quelques confrères, il nous a posé deux questions d’un air calme et poli. Comme un arrière goût de politesse militaire. J’ai été personnellement gêné par l’objet de sa curiosité. Il voulait savoir si j’avais une arme ou quelque chose qui peut ressembler à une arme sur moi. Non, je n’avais rien de tel. Est-ce que j’avais prévu à titre personnel ou avais reçu quelque chose d’un tiers – en termes de cadeau – à remettre à l’ambassadeur ? Non ! Comment aurais-je pu trimbaler des présents alors qu’une heure auparavant les « services de sécurité de l’ambassade » m’ont gentiment passé un coup de fil pour me demander de ne pas apporter d’appareil photo, ni de camera pour cette rencontre avec l’ambassadeur…

N’auriez-vous pas une arme sur vous, s’il vous plaît ?

Après ces présentations, le monsieur m’a introduit dans une petite salle adossée au portail. Cette salle donne sur la cour intérieure. Mais ici aussi avant de passer, il faut accomplir au préalable les formalités de vérification similaires à celles auxquelles sont soumis les passagers dans les aéroports. Portique de sécurité, ceinture enlevée, téléphones portables, pièces de monnaie et tous les autres gadgets métalliques mis dans une corbeille, etc. A la fin de la manœuvre, il m’a tout remis, sauf le téléphone portable qu’il a placé dans une armoire visiblement destinée à recevoir de tels appareils. Pas de panique, je l’ai récupéré au moment de quitter l’ambassade.

Une fois dans la cour, j’étais content d’avoir réussi à passer le test. En imaginant un peu les raisons qui peuvent justifier ces règles drastiques de sécurité. Pas le temps d’avoir la réponse. Un policier camerounais sans doute affecté aux services de sécurité de l’ambassade m’a introduit dans une salle d’attente. La porte de la salle s’ouvre automatiquement. Un agent que j’entraperçois furtivement au travers d’une vitre est chargé d’ouvrir et de fermer les portes. Quelques minutes plus tard, je suis prié de rejoindre la salle de conférence. Encore trois portes à franchir dont deux qui se suivent sur une distance de 2 mètres. What for ?

Gâteaux au chocolat et interrogations…

Pendant que nous longeons le couloir, l’agent administratif de l’ambassade préposé à notre accueil nous rassure que toutes les mesures auxquelles nous avons été soumises ont été érigées pour notre sécurité. Je n’ai pas compris en quoi toutes ces règles me protégeaient. Je l’ai regardé, il m’a regardé, je l’ai regardé, il m’a regardé, je l’ai regardé…  Finalement nous avons atteint la salle de conférences. Il y avait des petits gâteaux au chocolat. J’en ai mangé… beaucoup. C’était pour chasser le stress et parce que j’adore les gâteaux au chocolat notamment lorsqu’ils sont bourrés de sucre. L’ambassadeur n’a rien pris. Je me suis dit, bon !

Pendant le briefing Nadav Cohen, l’ambassadeur nous a indiqué que contrairement à la campagne internationale, ce sont les Palestiniens qui contrôlent la Bande de Gaza et qui sont responsables de l’escalade militaire qui a conduit à l’actuel affrontement israëlo-Hamas. Plus, ils devraient être tenus pour responsable de la mort des civils de la bande de Gaza et d’Israël. La raison ? Le Hamas vise des cibles civiles en Israël en tirant à l’aveugle en même temps qu’il utilise les civils palestiniens qui vivent dans la Bande de Gaza comme des boucliers humains. Ce sont des terroristes qu’il convient de comparer avec Boko Haram. Je lui ai fait remarquer que pour beaucoup de Camerounais et d’Africains, le Hamas pourrait être comparé à l’ANC au moment de l’Apartheid. Il m’a dit que pendant une bonne partie de sa vie, Mandela avait été un terroriste. Je l’ai regardé, il m’a regardé, je l’ai regardé, il m’a regardé, je l’ai regardé… Je lui ai dit Bon ! Il a aussi dit que le Hamas refuse la paix. Je lui ai demandé ce qu’il pensait du Fatah de Mahmoud Habbas – qu’il a souhaité appelé Abu Mazen. Il m’a dit que l’Autorité palestinienne qui contrôle Ramallah n’a aucun contrôle de la situation. Il a aussi dit d’autres choses. Mais je n’ai pas compris.

Bref, j’ai couvert le conflit Israël-Hamas.

 

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William Bayiha
Presqu'étudiant, presque curieux, presque reporter, presqu'intellectuel, presque sérieux, presque citoyen du monde... presqu'engagé !

6 réflexions au sujet de « Bref, j’ai couvert le conflit Israël-Hamas »

  1. Tout ce parcours pour voir un ambassadeur, qu’ y a-t-il de si précieux à protéger? Réponses politiques de l’ambassadeur à des questions pertinentes,
    le pouvoir est une drogue …
    joli texte. Bravo

  2. Il t’a regardé, tu l’as regardé, il t’a regardé, tu l’as regardé… et puis tu as mangé du gateau au chocolat, beaucoup…lui, rien, tu as couvert le conflit Israel-Hamas, mais au Cameroun en franchsissant une ribambelle de porte rien que pour voir un ambassadeur. Il faut simplement de l’engagement d’un journaliste presqu’engagé pour y arrivé….lol
    Amitiés, frangin!

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