Si j’étais Français, je voterais Marine Le Pen !

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Il n’est un mystère pour personne que les percées de l’extrême droite constituent une lame de fond politique et idéologique.

Je  revois la tête incrédule de mon interlocuteur qui trônait au-dessus de sa nationalité. Il n’en revenait pas. Un Noir avoir de la sympathie pour le Front national ?! En voilà une idée ! Un parti antirépublicain et aux thèses ouvertement racistes et xénophobes. Il s’étonnait qu’un gars comme moi, qui par principe fait feu de tout bois pour défendre l’humanisme, les idéaux des Lumières, les mouvements tiers-mondistes anticoloniaux, fervent disciple d’Aimé Césaire, puisse réhabiliter le Front national, ne serait-ce que dans une hypothèse.

Comme on dit chez nous, ce cher monsieur – et tous ceux de sa condition avec lesquels j’ai pu discuter par la suite sur la question – avait raison d’avoir tort. En d’autres termes, si son diagnostic du fond de la pensée du Front national – ou mieux de l’Extrême droite – était sans doute fondé, j’ai eu l’impression qu’il n’a pas saisi qu’en réalité, ma thèse dans cette déclaration reste cohérente avec ma volonté d’assister à un rééquilibrage des rapports sociaux et des relations internationales.

La question que je pose avec cette hypothèse est la suivante : après l’éradication du communisme, l’Extrême droite actuelle n’est-elle pas – en Occident, le chemin le plus court pour pousser à un rééquilibrage des rapports de forces sur le plan national et international ? Le triomphe à venir et tout cas provisoire du conservatisme n’est-il pas le nouvel anticonformisme ?

Cette question m’a beaucoup préoccupé lors de la dernière élection présidentielle. Sans en être un partisan, j’avais prédit la victoire de Donald Trump. Il faut dire que je n’ai pas boudé le plaisir de le voir prendre le dessus sur Hillary Clinton. L’ancienne première dame représentait justement le conformisme ambiant, le statu quo libéral en vigueur de la mondialisation économique et culturelle poussée dans ses derniers retranchements.

Pas singulièrement que Donald Trump ait les moyens ni la volonté de changer radicalement la politique américaine, mais son élection aura été un signal nécessaire pour pousser à la réflexion ceux qui s’intéressent à la marche du monde.

Effectivement, les questions se sont posées dans les médias. Il y a fort à espérer qu’au-delà de la posture idéologique qu’ont prise certaines institutions universitaires contre Trump, des pistes de réflexions satisfaisantes seront déblayées.

 

Pièges idéologiques

Il n’est un mystère pour personne que les percées de l’extrême droite en Europe et de cette droite dure aux États-Unis constituent une lame de fond politique et idéologique. La plupart des professionnels de la politique sont pris au piège de leurs propres montages politiques, économiques et culturels. Ils s’asseyent entre eux et se disent en pensant à leur confort personnel : « tiens la société a besoin d’évoluer ! ». Ils font la politique de ce que leurs administrés devraient penser au lieu d’appliquer le consensus qui se dégage du corps social. Ils feignent d’oublier qu’une loi n’a pas pour objectif de changer le monde, mais de le codifier. Mais qu’importe ? On autorise pêle-mêle l’assurance-maladie/chômage universel, le mariage entre personnes du même sexe, la procréation pour autrui, la déchéance de nationalité, la régularisation des sans-papiers, etc.  Du bon et du douteux donc !

À l’international, sans qu’il y ait un quelconque prétexte, les mêmes font le pari qu’il faut garantir la puissance de l’État et lutter pour la préservation de la démocratie. De grandes idées qui permettent de mettre les pays du tiers-monde à feu et à sang, d’affaiblir les États et d’ouvrir la voie aux multinationales afin qu’elles pillent les ressources naturelles à l’abri des regards indiscrets. Le cas de la Libye est affligeant d’arrogance et de bêtise. Une belle idée serait d’envoyer Sarkozy, Obama, Hillary Clinton, l’Émir du Qatar et leur valet sénégalais Abdoulaye Wade en vacances dans la démocratie libyenne qu’ils ont contribué à construire.

Les politiciens professionnels occidentaux sont passés maîtres de la mise en œuvre d’idées créées de toute pièce. La politique n’est plus une responsabilité, une charge, c’est un espace de jouissances et de réjouissances. Bien qu’ils n’aient été mandatés par personne, ils n’ont aucune gêne à agir au nom de tous ! François Hollande a quand même pu en vouloir à Barack Obama et à David Cameron de l’avoir abandonné alors qu’il était prêt à lancer une attaque sur la Syrie. Ces deux hommes – pas franchement les plus recommandables – ont commis un crime aux yeux du président français : avoir compris qu’ils n’auraient jamais eu l’aval de leurs parlements respectifs. Le même Cameron a été passé à la moulinette pour avoir tenu un référendum qui a conduit au Brexit. Décidément, un empêcheur de tourner en rond s’était infiltré dans le club des gentlemen !

Et quand un Français qui aura vécu toute sa vie en France et qui par un hasard de l’histoire se retrouve dans un pays où la France fait la pluie et le beau temps – disons le Cameroun. Il s’étonne d’être traité comme le pillard, un voleur, un rapace. Il s’étonne et à raison. Personnellement, il n’a jamais volé personne, il n’a jamais pillé personne. Personnellement ! Mais au Cameroun on lui tient rigueur pour des actes qu’il n’a pas posés, sur lesquels il n’est pas informé et pour lesquels ses élus travaillent afin que « ce qui se passe en Afrique reste en Afrique ».

Mais avant de constater que les Camerounais ne l’aiment pas trop, notre Français s’est déjà, à titre personnel, demandé pourquoi son pays intéresse autant les Africains. Il s’est déjà étonné de voir les Africains débarquer par vagues dans son pays malgré les dangers de l’immigration. Que viennent-ils chercher, s’inquiète-t-il ? Pourquoi l’État ne peut pas se permettre de fermer complètement les frontières et de rapatrier tous ces quidams ?

 

La roue de l’histoire tourne

Les antécédents sont trop simples à expliquer : ces jeunes gens viennent de pays ravagés par des guerres absurdes alimentées par une industrie de l’armement soutenue par les politiques et financés par les multinationales privées présentées comme les joyaux de la couronne de la République. Ils viennent de pays où rien n’explique la pauvreté dans laquelle croupissent les masses alors qu’une infime partie de l’élite mène un train de vie princier entourée d’une ribambelle d’expatriés spécialistes de la captation rapace. Sont-ce les politiciens destinataires de valises affrétées par ces mêmes groupes qui répondront ?

Une constance s’affirme de plus en plus. Les masses électorales confrontées à une crise identitaire profonde semblent s’être réveillées de la léthargie dans laquelle elles ont sombré à la fin de la seconde guerre mondiale. L’allié numéro 1 des oligarchies libérales qui peuplent l’Europe et l’Amérique du Nord est pendant longtemps resté l’abstention. Mais la roue de l’histoire tourne. Le peuple présenté naguère comme une foule – forcément inconsciente – est de retour dans l’arène politique.

L’arrivée de l’extrême-droite diabolisée signale donc le retour d’une classe politique qui représente ce que pensent effectivement les Français. C’est un anticonformisme ! Si les citoyens français, américains, allemands, autrichiens, etc. sont effectivement racistes et xénophobes, c’est tant mieux. Cela se saurait désormais et tout le monde agira dès lors en connaissance de conséquences. Mieux vaut un démon que tu connais qu’un ange que tu ne connais pas. Si ces mêmes citoyens consentent à armer des navires afin de les envoyer aux quatre coins de la planète mener des guerres artificielles, ils comprendront pourquoi des centaines de milliers de réfugiés syriens débarquent chez eux à l’improviste. S’ils soutiennent le saccage systématique des tentatives de reconstruction culturelle des peuples écrasés par des décennies domination coloniale, au moins pourront-ils mettre un contexte au terrorisme politique nimbé de djihad qui menace leur sécurité.

Depuis l’époque dite des grandes découvertes qui a triomphalement débouchée sur la traite négrière, les peuples européens ont été mis entre parenthèses par la bourgeoisie, le grand capital. En France par exemple, la populace est brièvement sortie de sa torpeur en 1789. Cela a abouti à la première abolition de l’esclavage. Un bref passage à vide qui a été corrigé en une décennie avec l’arrivée de Napoléon Bonaparte.

Donc si Marine Le Pen me dit qu’elle est contre la mondialisation et qu’elle revendique la France pour les Français et la mise au pas des multinationales, je la suis et la comprends ; parce qu’in fine ce qu’elle demande pour les Français, elle n’a pas les moyens politiques et moraux de le refuser aux autres peuples de la planète.

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William Bayiha
Presqu'étudiant, presque curieux, presque reporter, presqu'intellectuel, presque sérieux, presque citoyen du monde... presqu'engagé !

2 réflexions au sujet de « Si j’étais Français, je voterais Marine Le Pen ! »

  1. Je dirais même plus: « Si j’étais Français, je la voterai aussi! »

    je la hais des fois car je me sens africain qui veut émigrer en France et vivre des allocations. A part ça, c’est une patriote comme la plupart des africains devraient l’être pour son pays. Elle dirige une version pas raciste du Front National, pas comme son père l’était.

    Si j’étais Français, je ne voterai jamais les radicaux de gauche comme Jean-Luc Mélenchon …

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