William Bayiha

Parce qu’il faut illustrer le tribalisme dans les médias

Le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé – sorte de maire nommé – a conduit des déguerpissements dans certains bas-fonds de la ville. Une partie des victimes parle de tribalisme… Les médias non. Je crois que c’est à tort.

 

Affiche
Le collectif des Blogueurs camerounais a lancé une initiative de lutte contre le tribalisme il y a un an.

 

Quand je dis que les médias ne parlent pas des accusations de tribalisme, ce n’est pas vraiment exact puisque j’ai moi-même préparé un reportage sur la question. Et les pires critiques me sont venues de ma propre rédaction. L’article a été éjecté du journal du soir pour lequel il a été programmé. Pas de problème. Les raisons avancées par le pool édition tiennent en une phrase : sujet trop sensible et dureté du propos.

La discussion d’un point de vue éditorial est allée très loin. Malheureusement les arguments développés par mes contempteurs et moi n’ont pas pu porter puisque les échanges entre moi – basé à Yaoundé et eux – qui travaillent à Douala – se déroulaient via une ligne téléphonique difficile.

Si j’ai décidé de faire un billet, c’est parce que je n’ai pas été satisfait par ces échanges et souhaite ainsi donner mon point de vue sur le tribalisme dans les medias au Cameroun. Non pas forcement pour écrire comme d’autres avant moi que les medias sont des hérauts des purges tribales comme au Rwanda au milieu des années 1990, mais pour dire aussi que les medias sont une force de proposition contre l’émergence et la consolidation des politiques publiques qui pourraient être perçues comme tribalistes par les populations.

Comme vous l’avez sans doute vu dans le reportage, il y a une partie de la population qui est frustrée par un contexte socio-politique où la question tribale est omniprésente. Certaines zones vertes seraient démolies et d’autres non à cause du tribalisme institutionnalisé par la communauté urbaine de Yaoundé i.e. par l’Etat. Accusations graves au regard même de la Constitution qui malgré ses évolutions régressives de 1992 à 1996, continue à considérer le Cameroun comme une République une et indivisible. Pour tout comprendre, un bon repère serait la brève histoire du tribalisme au Cameroun de l’indépendance à nos jours d’Eugene Fonsi.

Mon péché en tant que journaliste est d’avoir choisi d’illustrer, ne serait-ce que par des témoignages l’idée que les Camerounais et leurs autorités se font de la question tribale, sur une échéances donnée à un moment donné. Ma question était simple… La politique d’assainissement des bas-fonds de Yaoundé suit-elle une logique tribale ou non ?

Les déguerpis disent qu’ils ont été chassés parce qu’ils sont allogènes, des étrangers ou si on tient à tout prix à avoir des références «les prédateurs venus d`ailleurs» comme les ont qualifiés les auteurs de la Déclaration des Forces vives du Mfoundi après les émeutes de février 2008. Un document mit à l’index à l’époque pour son caractère stigmatisant qu’avait signé, entre autres leaders politiques considérés comme autochtones, le délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Yaoundé Gilbert Tsimi Evouna.

Neuf ans plus tard, les populations n’ont pas oublié cet épisode. Et puis, il y a eu d’autres évolutions entre temps dont les moins importantes ne sont pas les casses du quartier marécageux de Ntaba et la restructuration du plus grand marché de la ville, le marché Mokolo. Les accusations de tribalisme fusent contre le même homme. A tort ou à raison, soit dit en passant. J’ai voulu lui poser la question, mais les contraintes de bouclages ne m’ont pas permis de suivre toute les étapes du administratif mis en place pour recueillir son point de vue.

Revenons sur les questions éditoriales.

Au sein de la rédaction, mes contradicteurs m’ont dit que je faisais, à travers mon reportage, l’apologie du tribalisme. Que demanderais-tu au délégué si tu étais devant lui, m’a fait l’un d’entre eux. Lui demanderais-tu s’il est tribaliste ? Oui ! Exactement, je lui demanderais exactement cela. Il n’a pas compris et je vous avoue que j’ai du mal à comprendre le point de vue qui voudrait qu’il y ait des thèmes tabous dans l’espace publique d’une République. Je ne pense pas que le tribalisme soit spécialement un thème difficile.

Pourquoi ?

De mon point de vue, promouvoir le tribalisme aurait été :

  • de donner la parole aux tenants d’une idéologie tribaliste et s’en tenir à leur point de vue ;
  • écrire un commentaire sui generis qui fait la promotion d’un groupe ethnique au détriment d’un autre ;
  • ne pas faire mention des politiques publiques qui sont perçues comme tribalistes ;
  • et ne pas faire la démarche vers les autorités compétentes pour avoir leur point de vue sur les accusations dont ils font l’objet.

Vous le voyez mon point de vue est que ce n’est pas en ne parlant pas du tribalisme ou du racisme qu’on le combat. Il faut en parler et pas seulement en se limitant dans des généralités du type Je suis contre le tribalisme. Il faut pouvoir dire, voici le tribalisme – en termes de perception de ceux qui le ressentent – et essayer de comprendre les motivations de ceux qui poseraient des actes jugés stigmatisant. Je ne crois pas que c’est parce que les journalistes vont se cacher derrière une responsabilité sociale anesthésiante qu’ils feront effectivement preuve de responsabilité envers la société qui les porte. Notre responsabilité est de faire l’intermédiation entre les points antagonistes au sein de la société afin d’éviter que les mésententes ne se transforment en violence.

Le pire n’est sans doute pas que des propos tribalistes, les politiques tribalistes et les accusations de tribalisme soient jetés en l’air … Le pire c’est que l’on fasse comme si le tribalisme n’existe pas ; que les journalistes se refusent d’en parler avec les outils de déontologie et la distance nécessaires qui fondent en définitive leur métier.


Importance du journalisme politique : 5 raisons pour comprendre

Pourquoi je m’intéresse au journalisme politique, et pourquoi le sujet est important.

J’écris cet article comme une sorte d’exercice d’introspection. Il y est question de savoir en toute subjectivité – bien entendu – pourquoi je m’intéresse à ce domaine très important du journalisme qu’est la politique.

1- Le journalisme politique, c’est tout le journalisme

J’ai toujours considéré qu’il y a une sorte de redite dans la formulation « journalisme politique« . C’est comme si un autre journalisme était possible. Ma perception du métier de journaliste est contextualisée dans le jeu politique à l’échelle globale, régionale ou locale. Le reporter ne prend la parole en société que pour décrire et interroger les actions que différents acteurs sociaux posent dans l’espace public. La vie privée est exclue. Or la politique, c’est précisément le domaine public.

Ce qui m’intéresse ce sont les politiques publiques d’une part et la politique, soit la stratégie mise en place par une personnalité ou une organisation pour arriver à impulser un certain nombre de réformes.

Même lorsqu’il faut rendre compte d’un concert de coupé-décalé, je pense que le journaliste doit avoir une perspective plus analytique, plus sociologique pour déceler dans cet événement baptisé culturel des éléments de compréhension de la société et des rapports de force qui la régissent à un moment donné. Le reste n’est que spectacle : ce qu’on appellerait en anglais entertainment.

2- Le fait politique est ce qui fait que le journalisme mène à tout

Vous connaissez sans doute cet adage. Le journalisme mène à tout. Je crois que c’est ce genre de pensée qui m’a encouragé à choisir de faire ce métier. J’ai au moins l’assurance virtuelle que je pourrais le quitter un jour. Mais pour cela, il faut travailler comme journaliste politique. Comment ?

L’une des dernières actualités que j’ai suivie est relative à la publication du 8e rapport de conciliation de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives au Cameroun (ITIE pour les intimes). J’y suis allé en tant que journaliste intéressé par les questions de politiques publiques telle que la transparence. Mais pour tout comprendre, il est nécessaire se familiariser avec les notions d’économie et de comptabilité.

Lorsque les experts du cabinet Stephen&Moore déclinent les conclusions de leur travail, les beaux poèmes de Victor Hugo ne servent plus a rien. Les chiffres défilent et il faut se les approprier.

Mais le journaliste n’est pas une machine non plus. Donc, il va aller à la rencontre des experts en matière de transparence dans le domaine des industries extractives… Au fil des rencontres et au bout d’un certain temps, il acquiert également une certaine expertise dans le domaine. Des compétences toujours renouvelées qui peuvent in fine le mener à tout.

 3- Le journalisme politique est le domaine du journalisme le plus vendeur

Notons d’abord le cas du site américain politico.com. La politique peut décider de se segmenter en plusieurs domaines pertinents, en plusieurs niches qui traversent l’ensemble du champ social. Et il semble que ce soient actuellement les niches qui rapportent de l’argent dans le monde des médias !

Ok ?

Je n’ai pas les statistiques. Mais j’observe que la plupart des quotidiens généralistes consacre leurs premières pages aux actualités politiques. Elections, scandales, nominations, propositions, etc. Il n’y a rien à dire, la politique à la cote. C’est elle qui donne le tempo d’une publication. Ce sont les prises de position des journalistes politiques qui lui donne in fine son orientation ou du moins la perception que le public en a.

J’ai travaillé pendant deux ans et demi pour le quotidien La Nouvelle Expression. J’étais déjà habituée aux remarques de mes sources et d’autres personnalités qui me faisaient remarquer qu’il s’agissait d’un « journal de l’opposition« . Non pas que le journal ait une opinion opposée à celles dominantes dans le champ du sport, de la mode ou de l’économie – encore que !

Le fait est que nous donnions la parole à tous les acteurs de la scène politique nationale mais surtout aux Social democratic Front, le principal parti de l’opposition parlementaire. Ipso facto, La Nouvelle Expression a été classée journal de l’opposition. Ses lecteurs l’achètent pour cela et les boudeurs le boudent aussi pour la même raison. Les autres articles quelques consensuels qu’ils soient n’intéressent personne.

 4- Malgré les apparences, la politique c’est fun

Ceux qui n’ont pas encore regardé la série House of Card de Netflix peuvent aller se rhabiller – ou jeter un rapide coup d’œil à la vidéo ci-dessus, voire cliquer ici et . Il n’y a en effet rien de plus savoureux que d’être dans le secret des dieux, de savoir les coulisses, d’être en quelque sorte l’Oracle de Delphes, la muse qui inspire la réalité et qui prédit l’avenir.

Lorsque j’étais à l’école de journalisme, mon professeur de déontologie avait une phrase qu’il aimait dire mais que je n’ai comprise que très récemment : « Le journaliste ne publie que 30 % de ce qu’il sait, et encore ! » Le journalisme politique met le professionnel au centre de plusieurs interactions qui font qu’il sent les orages venir, il assiste parfois à la naissance des disgrâces tout comme il est l’annonciateur de la naissance ou de la renaissance des grandes gens.

Les passionnés de l’actualité politique du Cameroun se rappellent sans doute de l’affaire Marafa Hamidou Yaya. Les dernières années de l’ancien ministre d’Etat ont été un théâtre ouvert où les observateurs attentifs ont compris que la scène qui se jouait était une tragédie grecque, un Œdipe roi alternatif dans lequel le parricide n’a pas eu lieu.

5- Parce qu’il est important, le journalisme politique est dangereux

Pendant que je vous parle des bons côtés du journalisme politique, je reçois un appel du secrétariat général de l’Assemblée nationale. Je suis décommandé pour la couverture d’un évènement pour « mauvaise conduite« . Lol. Tant mieux, j’irai quand même. Je considère que je n’ai pas besoin d’être invité pour suivre des faits publics qui se déroulent au Cameroun, un pays où je suis citoyen et où je paie des impôts.

Il ne faut quand même pas exagérer !

Continuons.

Si vous êtes étudiant en journalisme et intéressé par le fait politique, il faudrait vous attendre à la matraque. Charlie Hebdo fait de la politique. C’est dans le champ politique que l’on compte le plus grand tas de cadavres dans l’univers du journalisme. C’est violent.

Les dictatures ont compris à quoi rime le journalisme et préfère le confiner à une activité oiseuse de bonnes gens qui rendent compte des séminaires et des colloques mais ne demandent de comptes à personne. Je discutais récemment avec une consœur qui correspond à cette description. Son opinion était que le meilleur journaliste était un journaliste non engagé. C’est son opinion, je ne la partage pas. Tout en la respectant, je la trouve puérile. J’ai ri.

Comprenez mon émotion. J’ai en face de moi un acteur politique qui dit être non engagé.

Je pense qu’un journaliste doit être et est effectivement une personnalité politisée, ce qui ne signifie pas qu’elle soit partisane. Mais elle comprend et cherche à se tenir au courant des enjeux qui traversent son environnement social. On ne prend pas sa plume pour écrire juste pour le plaisir de le faire. Certaines personnes le font pour de l’argent… C’est vrai ! Dans ce cas alors, il faut choisir le camp qui ne sera pas mis en défaut par l’histoire.

Je pense en ce moment précis à tous ces grands noms qui ont fait de la presse une instance politique et du journalisme une voix tonitruante dans les assemblées ou le peuple a été brutalement éjecté. Je pense à tous ces Zola incarcérés, à tous ces Pius Njawe mis hors d’état de nuire, a tous ces hommes bastonnés qui ont réussi à faire reculer les pouvoirs constitués pour donner à l’opinion publique le statut d’opinion respectée.


Michaëlle Jean frileuse sur la question de la liberté de la presse au Cameroun (VIDÉO)

La secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie Michaëlle Jean a effectué une visite officielle au Cameroun entre le 13 et 16 avril 2015. 

 

Michaëlle Jean en toge
La secrétaire générale de la Francophonie heureuse d’être Docteur Honoris Causa. (c) facebook.com

Au menu de la visite de la nouvelle patronne de l’OIF, des rencontres avec les autorités politiques – président de la République, premier ministre, ministres, etc. Discussions avec les groupes de femmes et de jeunes mais aussi descentes au campus de l’université de Yaoundé I où elle a été faite docteur honoris causa. Elle a également été à l’Institut des Relations internationales du Cameroun, la prestigieuse IRIC. Malheureusement, elle n’aura pas rencontré les (autres) acteurs de la société camerounaise – à part sans doute les opérateurs économiques conviés dans une salle de l’hôtel Hilton pour un bref échange. Pas de leader des partis politiques d’opposition. Pas de rencontre avec la presse…

Enfin si, une conférence de presse où elle a été interrogée sur pleins de sujets sur la vie internationale (des journalistes qui posaient les questions). Nous avons modestement demandé à la secrétaire générale de la Francophonie ce qu’elle pensait de la question de la liberté de la presse au Cameroun. Réponse édifiante dans cette petite vidéo.

Attention, le son sature. Mais il est audible quand même.


Quand j’étais petit, je savais que le vélo c’était pour les gosses de riches

J’ai appris à faire de la bicyclette lorsque j’ai passé mon brevet. J’étais inscrit au lycée d’Edéa et j’avais 16 ans.

Image vélo
Faire 100 mètres à vélo ne me semblait pas de ma condition sociale (c) www.caradisiac.com

Je n’oublierai jamais la première fois où je me suis laissé aller sur un vélo. La sensation d’être en liberté surveillée. Je roulais et je sentais en même temps qu’il suffisait que le vélo me lâche pour que je me retrouve sur le sol latéritique. Il fallait faire confiance aux forces de la physique et à la solidité précaire de l’engin que je chevauchais. Le vélo était un vieux zéphir originellement bleu et qui avait été repeint en noir avec un pinceau manifestement édenté. Une laide machine qui appartenait à un cousin de ma mère. Il avait trois ans de plus que moi et possédait le vieux vélo. Vieux ou pas, pour moi à cette époque, un vélo était l’horizon infranchissable de la réussite sociale. La bicyclette de mon oncle était trop élimée pour mériter que je considérasse son propriétaire comme une élite. Malgré tout je le suppliais de m’ « apprendre à pédaler ». Je caressais l’espoir de pouvoir acheter un vélo à moi, qui soit neuf et plus performant quand je serai grand. Mon moniteur n’était pas un gars particulièrement disponible. Pour bénéficier d’une leçon, il fallait aller chez lui, prendre rendez-vous, retourner le voir le jour dit et espérer qu’il soit dans de bonnes dispositions.   L’envie irrésistible d’apprendre me poussait et je réussis à faire mon premier tour de stade dès la première séance. Ce fut une expérience féérique. J’avais toujours pensé qu’il fallait des compétences particulières pour tenir sur un deux-roues, qu’il fallait avoir l’équilibre d’un funambule, que faire du vélo pouvait être au moins aussi difficile que marcher sur une corde à 10 mètres du sol. Après ce premier succès, je suis retourné dans la caverne. J’avais peur lors de la prochaine leçon. Je n’arrivait plus à tenir la machine en équilibre sur deux mètres. Je me posais des questions parce que je ne réussissais pas à croire que c’était moi qui conduisait ce petit engin sur deux roues et un guidon. Cette vieille bête avec sa robe noire dégoulinante, je la revêtais d’une importance rare. Il y avait pourtant les vélos partout dans la ville. Même au village il n’y avait que ça. Comme je ne l’avais pas, je considérais que les autres étaient forcément privilégiés, qu’ils avaient quelque chose que je n’avais pas et que le ciel pour je ne sais quelle raison refusait de me donner. J’avais l’impression que si je pouvais aller à vélo, cela signifiait que tout était possible dans mon univers, que je pourrais aussi conduire une voiture, diriger une pirogue ou un bateau, piloter un avion et même… passer mon bac deux ans plus tard.  C’était fou et je poussais la sacralisation plus loin. Faire 100 mètres à vélo, éviter des obstacles, lâcher le guidon, comme le faisaient les « gamins de riche » quand j’étais petit, ne me semblait pas en accord avec ma condition sociale.

Lazzi et résilience 

J’avais 16 ans et jusque-là, je n’avais jamais eu l’occasion de faire de la bicyclette. Pour mes parents, acheter un vélo à un gamin n’était sans doute pas la plus urgente des priorités. La deuxième partie de mon apprentissage fut la plus difficile. Mon oncle était exaspéré, je subissais les quolibets des passants qui s’étonnaient qu’un si vieux garçon ne soit pas capable de faire plus de 10 mètres à vélo sans tomber. J’ai développé de la résilience. Lorsqu’il est apparu que l’on ne pouvait plus utiliser le stade pour la leçon, j’ai dû me résoudre à aller faire mes essais dans la rue au quartier. Ma frayeur était deux fois plus grande. Les « lazzi » (plaisanterie, farce dans le théâtre italien) aussi. J’ai passé deux bons mois avant de me familiariser avec le vieux vélo de mon oncle. Dans la rue je me suis rendu compte qu’elle était vraiment vieille cette bicyclette. Un peu plus vieille que je ne pensais. Elle n’avait pas de freins. Il était déjà trop tard cependant puisque sans savoir exactement comment cela est arrivé, je me suis retrouvé à plat ventre dans un bar du quartier. Le vélo était resté encastré dans l’ouverture de la porte. Une expérience douloureuse. Mais j’avais transcendé la honte, malgré l’accident je savais que rien ne pouvais plus m’arriver. Je savais aller à vélo.


05 raisons pour lesquelles je travaille désormais pour la télévision

W.B. pleine interview avec un député.
En pleine interview avec un député. La politique aussi aime la télé. (c) un ami à moi.

Pour ceux que ça intéresse, j’ai changé de médias et de couloir. Je ne suis plus journaliste à La Nouvelle Expression depuis le mois de novembre 2014. Je travaille désormais pour une chaîne de télé. Spectrum Television. Les intimes peuvent l’appeler  STV (lire «es ti-vi»).

 

 1.Permettre au plus grand nombre d’être mieux informé.

Les faits me démentiront peut-être. Cependant par intuition, j’ai la conviction que la télévision est en train de s’imposer comme LE média dans le contexte camerounais. Le média que consomment les ménages sans modération. À peu près toutes les familles, même dans les campagnes, peuvent acquérir un petit écran et avoir accès au signal hertzien. Le public en presse écrite reste spécifique et constitué d’élites. Tout le monde ne peut pas acheter un journal à 400 francs CFA pour s’informer. Soit dit en passant, je n’ai aucun respect pour la radio privée telle qu’elle se déploie à Yaoundé. Elle manque de consistance. D’importants investissements ont été faits dans le domaine de la télévision ces dernières années par des intérêts privés. Mais les antennes restent vides. Je considère qu’il s’agit d’une opportunité important d’apporter au plus grand nombre davantage d’information afin de faire avancer la démocratie et l’État de droit.

 

2. Relever le défi de faire du journalisme dans les journaux télévisés au Cameroun.

Oui, cette phrase est cohérente.Je ne me rappelle plus très bien du jour. Mais l’événement se tenait à l’amphi Hervé Bourges de l’ESSTIC au campus de Ngoa-Ekelle où Marcel Amoko de Kalak FM avait organisé un débat auquel participait le géo-politiste Stéphane Akoa. Ce dernier a commis un lapsus révélateur alors qu’il expliquait le nivellement de la culture vers le bas. Son lapsus, un néologisme : la canaldeuisation de l’information. Comprendre que l’information que la plupart des gens consomme ne va pas plus loin que ce que propose (ou proposait) la chaîne Canal 2 International. À savoir les faits divers proches littéralement des fameux «chiens écrasés».

À côté de cette tendance, on a le modèle de la CRTV (lire «Ci-Ar-Ti-Vi»). L’office public de radio-télévision qui entretient des relations ouvertement incestueuses avec le pouvoir et qui bassine les téléspectateurs incrédules de comptes rendus officiels. Il faut aussi évoquer les albums photos de personnalités endimanchées parquées dans des salles de séminaires ou de colloques de renforcements des capacités de ceci ou de cela. Tout sauf de l’info.

Je reconnais que certaines émissions d’entretien ou de débat se tiennent relativement bien. Mais à l’exception d’Equinoxe TV qui travaille à faire un JT à peu près normal, la section information à la télévision m’a semblé être un couloir à investir afin de sortir de la «critique non constructive» pour me frotter à la réalité du terrain. Un défi dérisoire dans d’autres contextes sans doute. Mais quand une journaliste considère que les députés, les sénateurs et le préfet sont des membres du gouvernement et que cela est diffusé à l’antenne, il y a urgence.

 

3. Faire connaître mon travail au plus grand nombre.

Après quelques trois mois derrière le banc de montage, je peux dire que ce n’est pas la chose la plus facile. À la vérité, je ne m’attendais pas à mieux. Je reste persuadé que c’est bien pour ma carrière d’être à la télé. Pourquoi ? Pour deux raisons. La première est l’intuition. Je ne crois pas être à mesure d’éclaircir davantage ce point… La seconde est relative au besoin que j’éprouve de développer ma capacité de narration. Je l’ai fait en travaillant dans la presse écrite quotidienne, je continue à le faire. Je suis en charge de la rédaction de newsducamer.com, comme certains d’entre vous le savent. Il faut que je puisse aussi raconter des histoires sur d’autres canaux. Et la télévision n’est pas le moindre d’entre eux. J’aimerais également faire de la radio. Mais l’organisation des stations de radio à Yaoundé est à chier non professionnelle.

 

4. Gagner plus, ah oui.

C’est mercantile, je le sais. Les raisons professionnelles ne sont évidemment pas les seules qui m’ont motivé à quitter la presse écrite. Encore qu‘il faudrait qu’on sache à quel moment le journaliste a fait vœu de pauvreté et d’indigence ! À La Nouvelle Expression, j’ai eu des collègues et des responsables de la rédaction aimables à tout point de vue. Si ça ne tenait qu’à leurs personnalités et à l’ambiance générale de travail, je serais resté dans cette entreprise. Mais STV proposait un léger mieux en plus de l’opportunité de développer ce que j’ai indiqué du point 1 au point 3 ci-dessus. Comme je suis un épicurien, j’ai accepté leur offre.

 

5. Faire plaisir à ma famille. En commençant par ma petite amie. Comme ma mère et sans doute mon père, mes frères et sœurs, mes tantes, etc. elle comprenait difficilement qu’on puisse valablement être journaliste si on se limite à être un gratte-papier. J’ai fait de la résistance pendant les deux ans passés dans la presse écrite. On me demandait même de travailler pour une radio. Que les radios à Yaoundé soient de la merde incapables de payer des salaires, on s’en fout. L’image du journaliste est restée la même dans l’imaginaire collectif. Un micro et/ou une caméra. Un point c’est tout ! Au fil du temps, j’ai fini par me laisser convaincre. Difficile d’être le seul à avoir raison quand tout le monde se trompe !


Ancien détenu de la prison Tcholliré au Cameroun, il raconte son calvaire

Ce matin-là, j’étais à la rédaction de La Nouvelle Expression à Yaoundé. Il n’y avait pas grand-monde. Un homme est entré. Grand, une barbe de plusieurs jours, la cinquantaine et vêtu d’un survêtement de sportif. Il voulait rencontrer un journaliste. C’était un jour de novembre 2013. Il y avait une tristesse indicible dans ses yeux et une voix pâteuse. Presque déséquilibré… Je ne voulais pas lui parler, mais j’étais le seul journaliste présent. Je lui donné une chaise et il a commencé à parler. Très vite, je compris qu’il était un ancien prisonnier, condamné à mort et qu’il s’appelait Germain Belibi. Je l’ai écouté avec plus d’attention lorsqu’il m’a dit qu’il a été élargi à la suite d’une grâce présidentielle en 2003. Dix ans plus tard, l’homme émacié qu’il était devenu a décidé de briser le silence sur ses conditions de détention et sur l’ »arbitraire » qui lui a enlevé 20 ans de sa vie. Voici son histoire.

Prison de Tcholliré
Tous les ingrédients étaient réunis pour conduire le plus intrépide au tombeau. (c)

Mon histoire commence en février 1983. J’ai été appréhendé chez moi en soirée. Je m’apprêtais à me rendre aux entraînements (Ndlr. Il est boxeur à l’époque au Canon Boxing Club de Yaoundé et à l’équipe nationale du Cameroun) quand des gens se sont présentés chez moi. Ils ont fait des perquisitions dans ma maison, ils n’ont rien trouvé. Je ne savais même pas ce qu’ils cherchaient. C’était des antigangs de la police judiciaire (PJ). Après la fouille, ils m’ont conduit dans les cellules de la PJ. J’y ai passé trois jours avant de savoir que j’étais accusé de vol aggravé chez un certain Alexandre Messoa. C’était un oncle. Ancien douanier, son beau-fils était le ministre Jérôme-Emilien Abondo. Ce dernier a notamment été ministre de la Défense et de l’Administration territoriale, etc. Son épouse, qui était la fille du plaignant, est avocate. Mon grand-père était aussi un haut commis de l’État à l’époque. Vers les années 1940, il était receveur des PTT. C’est pendant ce temps qu’il a connu mon père, Charles Okala, André Fouda, Charles Assale, Amadou Ahidjo, etc. Je ne sais pas quels sont les différends qu’ils avaient, mais avec le temps, je perçois que j’ai été victime d’un règlement de compte.


Mais revenons à l’histoire. Au début, il paraît que j’étais soupçonné de braquage. Comme ils n’ont pas trouvé d’armes chez moi lors de la perquisition, ils ont transformé l’accusation en vol aggravé. J’ai passé 38 jours à la police judiciaire. Puis les aller-retour entre le parquet, le commissariat central et la PJ ont commencé. Ce manège a mis une semaine. À ce moment, ils m’ont envoyé un autre monsieur. Joseph Anguissa. Il était censé être mon complice, mon coaccusé. Soumis à la torture, il n’a pas résisté.Les méthodes de torture au Cameroun à ce moment-là étaient quasiment restées les mêmes que celles qu’on utilisait pour les «maquisards». On maniait encore la «balançoire». J’ai été menotté aux pieds et aux mains, entre les deux, un bâton qui faisait le lien. Du coup, on pouvait le tourner à volonté. J’ai résisté parce qu’à l’époque j’étais encore athlétique, fort et robuste. Malheureusement mon coaccusé ne pouvait pas faire de même. Alors lorsqu’on lui posait une question, il disait oui. Voilà les aveux qui nous ont conduits à nouveau au parquet. Ici, le maître de céans était le procureur Léon Menti. Avant même de signer notre mandat de dépôt, il avait déjà prononcé notre sentence. Il avait dit «vous serez condamnés à mort». Effectivement peu de temps après, le 16 décembre 1983 nous avons été condamnés à mort par le tribunal de grande instance de Yaoundé. La peine de mort fut confirmée le 8 janvier 1985. Mon grand-père Vincent Olama Omgba a fait tout ce qui était à son pouvoir pour me sortir de cette situation. Il a même donné de l’argent à un avocat. C’était Me Icarré, un Antillais. Son cabinet était sis l’immeuble de la PJ. J’ai comparu jusqu’à la confirmation de la peine sans être assisté. Lorsque ma peine fut confirmée, mon grand-père a engagé un autre combat pour être remboursé.

Destination Tcholliré

De 1983 à 1990, on nous a incarcérés à la prison centrale de Yaoundé. Le 14 juin 1990, nous avons été transférés au centre de rétention criminelle (CRC) de Tcholliré. En quittant Yaoundé ce jour-là, nous étions quelque 118 condamnés à mort. Il y a un autre convoi venant de Garoua et un autre de N’Gaoundéré , ce qui faisait un total de 138 personnes. Quand je sortais en 2003, il n’en restait que 36, les autres étaient déjà morts ! Beaucoup sont morts à cause des conditions de détention, quelques-uns sont morts exécutés et les autres sont partis parce que leur séjour était sans doute terminé sur terre. Lorsque nous sommes arrivés au poste de police de Tcholliré, nous avons trouvé les anciens gendarmes et gardiens de prison : ceux-là mêmes dont la réputation n’est plus à faire, ceux qui gardaient les anciens prisonniers politiques. Il faisait noir et pour rejoindre nos cellules, il fallait que l’un d’entre eux tienne une lampe tempête. Un autre bouclait la file. Ils nous disaient qu’il fallait exactement marcher sur leurs pas parce que si quelqu’un se risquait à faire un écart, il se retrouverait dans les fosses qui bordaient le sentier de part et d’autre. Et effectivement il y avait des fosses autour de la prison dans lesquelles si tu faisais un faux pas, tu n’en sortais pas vivant.
Les gens n’ont vraiment aucune idée de Tcholliré à cette époque-là. Je pense que les gens n’ont aucune idée de ce camp de la mort. C’était l’enfer. La réclusion était vraiment continuelle. Le régime était strict : les détenus ne sortaient pas, ils ne voyaient pas le soleil, ils restaient confinés dans leur cellule. Il y avait le froid, l’obscurité et la solitude. Tout ceci accentué par le fait que pour accéder à la prison, il faut passer par un bac puisqu’elle a été construite sur une sorte d’île au milieu d’un fleuve, le Mayo. Il y avait de nombreuses maladies liées aux mauvaises conditions de détention. Tenez, le lendemain du jour où nous avons foulé le sol de Tcholliré, il y avait déjà un mort. Il devait s’appeler Ze Nkolo.
Quelques temps après, un beau matin nous nous sommes réveillés avec 12 cadavres d’un coup. C’est cet incident qui m’a poussé à me réveiller, telle une piqûre de rappel. J’ai commencé à revendiquer. Je me suis souvenu qu’il y a un décret qui avait été pris le 28 décembre 1992. Il s’agissait de la commutation de la peine de mort en peine privative de liberté pour une période n’excédant pas 20 ans. Malgré l’existence de ce texte, j’ai encore passé dix ans avant de voir le début de son application. La raison de ce délai est toute simple. Mon plaignant, Alexandre Messoa était un homme puissant comme on disait à l’époque. Par ailleurs pendant que j’étais à Tcholliré, mon dossier se trouvait à Bertoua. C’est grâce à l’archidiocèse de Yaoundé et à la représentation camerounaise de Prisonniers sans frontière qu’il a été retrouvé.

Conditions de détention

Quelqu’un nous avait soufflé en 1990 que si on arrivait à passer deux ans dans les murs de la prison de Tcholliré, on ne mourrait plus de mauvais traitement. Quand nous sommes arrivés, on nous a mis dans un bâtiment qualifié «Bâtiment Yaoundé». Là, nous nous sommes concertés entre détenus. Il était question de ne pas se laisser faire. Nous étions 16 dans une cellule. Ce groupe a pris une décision grave. Nous nous sommes dit que nous devrions rentrer à Yaoundé par tous les moyens. Nous étions décidés à partir ou à mourir ce jour-là. Le danger quand on est condamné à mort est réduit à sa stricte expression. Dix jours après notre arrivée c’était la Coupe du monde de football. Le Cameroun jouait contre la Colombie. Pendant que les geôliers étaient occupés à suivre la rencontre, nous étions en train de scier les barres de nos cellules. Nous avions été aidés par le ciel qui nous avait envoyé une fine pluie. Il y a eu une évasion massive. Après il a fallu neutraliser les barbelés de haute tension qui entouraient la prison. Une fois dehors, la réalité nous a rattrapées avant les autorités. À Tcholliré, on ne connaissait personne chez qui se réfugier. Quand les gendarmes ont mis la main sur nous, nous avons eu la vie sauve grâce Pascal Mani, alors préfet dans la localité.
Lorsqu’on nous a repris, on nous a conduits à la brigade de la ville. Pendant ce temps, le régisseur a été informé. Au CRC, lorsqu’on arrêtait les évadés il n’y avait pas de demi-mesure. Beaucoup sont morts à coups de machettes, de manches de brouettes, de gourdins, etc. Je pense notamment à Martin Ebah. Lorsque le préfet nous a retrouvés à la brigade, il a dit au régisseur qu’on ne touche à personne. Puisque les gardiens se réjouissaient, gloussant déjà d’aise à l’idée de la bastonnade à mort qu’ils nous feraient endurer. Grâce à l’intervention de M. Mani, ce châtiment extrême nous a été épargné. Malgré cela, nous avons subi des tortures ; nous avons passé au moins six mois sans matelas. Nous dormions à même le sol.
Sur un total de près de 300 détenus venus de toutes les provinces du pays, 76 étaient décédés en moins de quatre mois. Quant à moi, le mauvais régime alimentaire avait eu raison de ma santé. Il faut s’imaginer le régime auquel nous étions soumis au quotidien, au fil des semaines, des mois et des années. On mangeait continuellement des feuilles appelées localement «tasba’a», des feuilles d’arachide sauvages. Ces feuilles ont une odeur caractéristique. On en faisait une soupe que nous avions surnommée la «sauce aux brindilles». Pour varier un peu, les gardiens nous concoctaient aussi des feuilles de kapotier bouillies à l’eau salée. Et en guise d’accompagnement, un éternel couscous de maïs. En fait c’était du couscous quand on voulait prendre cet aliment comme de la bouillie. Mais il s’agissait davantage d’une bouillie quand se mettait à trop penser au couscous.

 Que dire du régisseur Etienne Bassomo ? Il nous disait qu’à Tcholliré Dieu c’est lui, l’intendant Zingla était Jésus tandis que les gardiens étaient des anges.

La mort était omniprésente. Tous les ingrédients étaient réunis pour conduire le plus intrépide au tombeau. Parmi les détenus que la maladie n’avait pas déjà emportés, beaucoup perdaient la tête. Avant l’arrivée de la mission de la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés, nous avions des détenus qui ne pouvaient même plus se tenir debout. Ceux-là marchaient à quatre pattes. Il y a ceux qui étaient allongés continuellement. C’était une lutte incessante contre le froid notamment en décembre. En janvier il y avait la solitude, les maladies, les moustiques. On pouvait passer toute une nuit sans dormir. Des fois quand j’étouffais, je courais coller mon nez contre le Juda de la porte pour happer un peu d’air frais. On peut le dire, ce n’était pas le paradis.

« Toute ma famille était morte

Le 20 juin 1991, c’est-à-dire un an, six jours après notre arrivée, j’ai reçu ma première visite. Mon grand-frère et sa femme sont venus me rendre visite. La rumeur de mon exécution courait déjà dans ma famille à Yaoundé. Pour arriver jusqu’à moi, ça n’a pourtant pas été simple. Ils ont copieusement été arnaqués par les gardiens. Il fallait monnayer pour arriver jusqu’à moi.

Pour survivre, je m’étais dit qu’il suffit de vivre au jour le jour sans penser à l’avenir. Et toujours je pensais à ma famille. Quand j’étais dans la cellule, je me figurais que je suis avec mon frère, ma sœur ou ma mère. Je les voyais comme si je parlais avec eux tous les jours. L’amour que je portais pour chaque membre de ma famille me donnait quand même du sens à ma vie. Je revivais mes combats de boxe, mes victoires. Je crois que si on m’avait dit à ce moment-là que toute ma famille était morte…
Par ailleurs à chaque moment, une rumeur revenait selon laquelle la prison serait fermée à une date précise. Qu’il y aurait un transfèrement. Cette perspective suscitait de l’espoir. Certains d’entre nous en avaient besoin pour supporter l’insupportable. Mais lorsque la date arrivait, certains craquaient et d’autres résistaient. Je me suis interrogé dans mon cahier de bord sur ce qui faisait la différence entre ceux qui tenaient et ceux qui craquaient. De mon point de vue, ce n’était pas une question de force physique ou psychologique. C’était une question de sens. Ceux pour qui la vie n’avait plus aucun sens abandonnaient, craquaient et mourraient en quelques jours. «Même illusoire écrivais-je alors, le sens permet de rester vivant». Donc quand la date passait, il fallait rapidement trouver une nouvelle perspective qui fasse sens sinon c’était la fin. Mais le plus difficile c’était justement de trouver un élément qui fasse sens dans cet univers. De ce point de vue, la spiritualité jouait un rôle cardinal.
Voilà comment j’ai pu tenir jusqu’à ma libération en 2003 après avoir passé vingt ans dans les prisons du Cameroun. Dix ans après ma libération, je continue à proclamer que je suis innocent. Mais si j’ai attendu tout ce temps, c’est parce que tous ceux qui m’ont envoyé en prison étaient encore vivants. Après tout cependant, il fallait briser le silence.


La seconde

Comme je l’ai promis sur ce blog il y a quelques semaines, je me propose de publier les unes après les autres quelques unes des nouvelles que j’ai écrites entre 2008 et 2011. Celle-ci est tirée d’une histoire vraie.

Seconde
Non une seconde ce n’est pas beaucoup… (c) eartinteractif.fr

Les nuits sont devenues très longues. Je ne dors plus, je ne peux plus dormir. Quoi, un homme ! Je l’ai tué, moi qui en plus de vingt ans dans les forces de défenses camerounaises n’ai jamais osé tirer sur un délinquant. J’ai tué. C’était chez moi, dans la nuit. Je ne voulais pas, c’est vrai que je ne voulais pas le tuer. J’espérais seulement neutraliser cet imbécile. Mais la balle est partie seule. Et pan, il est tombé dans son sang, le salaud. Il l’a bien mérité même si je n’en suis pas fier. Il a râlé, il faisait des gestes saccadés. Il a même crié que je l’avais tué.

– Pourquoi tu me tues, a-t-il lancé en serrant les dents pour supporter les brûlures des balles. Je ne t’ai rien fais. Rien.

Comment ose-t-il seulement ? Si je vous raconte l’histoire vous comprendrez peut-être pourquoi j’ai tué un homme et pourquoi depuis, je ne dors plus. Temps de lecture : environ 5 minutes.

Il était 23h30 environ quand je suis arrivé devant le grand portail qui barre l’entrée de ma villa. J’ai klaxonné un moment, personne n’est venu ouvrir. A ce moment, je me suis demandé pourquoi je jouais au petit héros en refusant que quelques uns de mes éléments gardent ma demeure de jour comme de nuit. D’autres hauts gradés de l’armée en ont bien chez eux. Cela empêchera peut-être ma femme d’avoir à se lever dans la nuit quand je rentre tard.

Je guettai la fenêtre de ma chambre à travers la vitre baissée de mon auto. La lumière était éteinte. Ma femme à cette heure-là devait déjà dormir à points fermés. La pauvre travaillait souvent si dur. Vous savez comment sont les clients dans les aéroports camerounais. Ils demandent des renseignements même lorsqu’ils voient une plaque où tout est indiqué. Et ma femme qui était une très belle policière devait les affronter chaque jour pendant huit heures. Elle devait être très fatiguée. Je dois la laisser dormir, me dis-je.

Je descendis de la voiture et fis quelques pas pour voir si la lumière était allumée dans la chambre de ma nièce qui habitait chez nous. Elle était en terminale et restait si souvent éveillée que je me demandais où elle trouvait toute son énergie. La chambre était éclairée. Je l’appelais par son portable et comme prévu, elle était debout. Elle vint m’ouvrir. Sans se parler, nous nous séparâmes une fois arrivés dans la salle de séjour.

J’avais grand faim. Et ma journée, c’est un euphémisme, avait été très longue. J’avais en fait joué les prolongations. C’est en principe à dix-sept heures que je quittais mon bureau, dans le centre-ville. J’aimais sortir à cette heure malgré les embouteillages et la fumée des pots d’échappement qui me faisait tourner la tête. Ce que j’aimais, c’était de voir Douala en ébullition. Les petits commerçants qui étalaient leurs bibelots à même le trottoir, les jeunes filles en petites tenues qui profitaient de la lourdeur du climat pour ressembler aux stars américaines des clips musicaux. Et surtout, la bonne bière qui m’attendait, avec des copains tous les jeudis au Paradis d’Éden, un bar très cool pas très loin de mes services. Et nous étions un jeudi.

Je prenais paisiblement ma bière tout devisant quand mon téléphone portable se mit à sonner à tue-tête. Je le laissais sonner un moment parce que je croyais qu’il s’agissait d’une petite amie qui voulait me voir. Je n’étais disposé à voir personne, sauf mes amis, ma femme et mon fils, qui fêtait à peine ses cinq ans.  La sonnerie insista, c’était mes hommes qui étaient sur la piste d’un gang de malfrats qui sévissait sur les axes interurbains de la région du Littoral. Je m’excusais auprès de mes amis et appelais ma femme pour lui dire que je ne rentrerai peut-être pas. J’ai une opération, lui dis-je sans plus de détails. Ce n’était pas la première fois que je ne rentrasse pas. Mon job consistait à appréhender les bandits et les bandits n’opéraient que la nuit, ne serait-ce que pour les grands coups. Bien sûr, je profitais si souvent de cette couverture pour rencontrer une autre belle dame qui savait utiliser ses charmes. Passons. Ce soir, je devais vraiment travailler.

L’opération sur place était bien lancée. Je trouvais les hommes postés un peu partout autour du repaire de « coupeurs de route ». Nos informateurs étaient formels, les suspects avaient pris rendez-vous dans la clairière toute proche pour partager le butin d’un récent braquage. Tout indiquait que les informateurs savaient de quoi ils parlaient. D’abord, ils avaient infiltrés le gang depuis des mois, puis il y avait des traces matérielles de la présence régulière d’une demi-douzaine de personnes au lieu-dit. L’attente avait commencé dès sept heures du soir et parvenue à vingt trois heures quand un informateur infiltré nous rappela pour annuler le rendez-vous. On avait attendu et on avait vu la cachette, peut-être. En termes d’interpellation, on avait attendu pour rien. Je demandais donc à la trentaine d’hommes qui m’accompagnait de regagner ses pénates.

C’est comme ça qu’un homme parvient au plus profond de la nuit, juste avec une demie bouteille de bière et quelques arachides grillées, achetées au bord de la route, dans le ventre. Une fois chez moi, j’avais hâte de manger quelque chose de chaud. Ma femme était prévenante. Elle m’avait réservé un repas sur la table à manger dans la cuisine. L’heure était assez avancée mais les plats étaient encore tièdes. Tout habillé, je mangeai goulument en passant en revu mon agenda du lendemain. Je ne chômais pas. Je terminais mon repas avec un grand verre de jus de fruit. Il faut maintenant que je sieste avant de prendre un bain bien mérité, dis-je à mi-voix tout en affrontant la première marche de l’escalier.

Jouer à cache-cache

J’arrivais dans la chambre obscure en marchant sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller ma charmante épouse. Ma femme, je n’en ai pas encore parlé est très belle. Et je l’aime, quelque soit la gravité de ce qui s’est passé. Elle est brune comme un fuit mûr au soleil. Ses yeux sont deux veilleuses qui baignent dans une eau claire et fraîche. Quand elle vous jette un regard, ma femme, cela vous fait un double effet. D’abord c’est une décharge électrique qui vous glace les membres et vous interdit de bouger. C’est aussi cependant le roucoulement tendre et doux de deux yeux marron qui vous font remarquer que vous avez de la chance. Ma femme est une douche écossaise. Belle et sensuelle mais dure à la fois. Seul au monde j’ai pu la dompter. Au moins je supposais alors en entrant dans notre chambre à coucher.

La chambre était obscure et j’hésitai longtemps avant d’oser réveiller mon bébé. Il fallait pourtant que j’allume pour ne pas renverser les meubles qui encombreraient mon passage jusque dans la salle de bain. Et Dieu seul sait qu’un meuble renversé est plus à même de réveiller une femme qui dort qu’une lumière tendre et feutrée. Je fis la lumière en évitant même le tac de l’interrupteur et, quelle ne fut pas ma surprise de constater que le lit était vide. Ma femme n’était pas dans le lit. Je crus qu’elle me faisait une blague et qu’elle se cachait dans la penderie, dans la salle de bain, derrière la porte ou derrière les rideaux. Ce n’était pas son genre mais sait-on à quel moment on commence à redevenir enfant ? Ma femme n’était pas dans la chambre. Je m’empressai dans la chambre de mon fils, elle n’y était pas non plus. Bon Dieu. Mais où avait-elle pu passer. Je couru chez ma nièce qui persistait toujours dans ses lectures. Je lui demandai si sa belle-tante était sortie.

– Elle n’est pas sortie que je sache, me répondit-elle en levant à peine la tête de sa page. Puis avec humeur, elle me demanda si je n’avais pas vu sa voiture dans la cour. – Sûr que je l’avais vue en garant mon propre véhicule dans le garage.

Ce jeu de cache-cache absurde allait déjà trop loin et je commençai franchement à m’inquiéter. Je pris l’initiative d’appeler ma femme qui était supposée être dans la même maison que moi à minuit passé. Quelle folie ! Le téléphone sonnait dans notre chambre, au chevet du lit. Je m’énervai. Je fouillai toutes les pièces de la maison allant même jusqu’à ouvrir la malle arrière de sa voiture, de la mienne. Sans succès, nous nous étions déjà rendus à plus d’une heure du matin. Et je commençai déjà à me demander si ma femme ne s’était pas volatilisée. Je rentrai dans la chambre et m’assis sur le lit. Et pendant que j’ôtais mes souliers, je me rendis compte que je n’avais pas visité le magasin et la chambre d’ami. Je cherchai la clé de la chambre d’ami à l’angle gauche de la porte de ma chambre. Elle n’y était pas. Je me dirigeai avec fureur dans la chambre pour expliquer à cette gamine – elle est de quinze ans ma cadette – qu’il n’est pas sage de plaisanter avec son homme lorsqu’il rentre à minuit.

Comme prévu la chambre avait été ouverte. Ayant touché la poignée, je me rendis compte qu’elle était finement entrebâillée, imperceptiblement. Je la bousculai avec fracas et fis la lumière.

Oh rage !

Oh rage ! Une seconde pour ne plus rien voir, pour ne plus rien savoir, ne plus rien espérer, ne plus rien vouloir, ne plus rien craindre. Une seconde pour se demander pourquoi cela m’arrive t-il à moi ? Une seconde pas plus, pour se demander pourquoi ma femme me trompe-t-elle ? Une seconde pour se demander qu’est-ce qu’elle recherche chez cet énergumène-là ? Il ne suffit que d’une seconde pour qu’il sorte du drap, qu’il sorte tout nu. Il faut une seconde dis-je, une seconde pour qu’une femme, ma femme ; une seconde, oui une seule seconde pour qu’elle tire le drap sur elle, une seconde pour qu’une épouse  cache sa nudité à son mari, à moi. Il ne faut pas plus d’une seconde pour constater que celui qui me déshonore mange sur ma table avec moi tous les dimanches après-midi. Non une seconde ce n’est pas beaucoup mais c’est assez pour chercher un pistolet automatique dans l’étui, une seconde pour se souvenir qu’il est chargé. Une seconde pour mettre en joug l’amant qui me cocufie sous mon propre toit. Une malheureuse petite seconde parmi tant d’autres, tant d’autres secondes si heureuses qui existent sous le soleil, pour tuer un homme.


Ruben Um Nyobe, nationaliste ou communiste ?

Les Camerounais commémorent le 56e anniversaire de la mort du leader le plus charismatique du mouvement nationaliste au Cameroun ce 13 septembre 2014. Au moment de se rappeler son engagement politique, j’en viens à me poser une question fondamentale dans son parcours. Ruben Um Nyobe était-il communiste comme l’a laissé entendre l’administration coloniale ? Quelle est la spécificité de son engagement nationaliste alors qu’il a fait ses classes auprès de Gaston Donnat, un instituteur communiste arrivé au Cameroun au début des années 1940. J’en parle dans cette « Explication de presse » vidéo.


« Boko Haram du Cameroun », l’explication de presse

La querelle sur l’identité des terroristes qui organisent une insurrection dans la partie septentrionale du Cameroun a intéressé la presse nationale pendant la première semaine de septembre.

Certaines sources parlent du Boko Haram au Cameroun. Tandis que d’autres parlent du Boko Haram du Cameroun. Entre les deux expressions, les implications sont extraordinairement polémiques. Les batailles de positionnement au sein du sérail font rage. Certains dignitaires (notamment des régions méridionales ) accusent les élites des régions septentrionales de monter une rébellion pour renverser le régime de Paul Biya. Je vous propose la synthèse de ce qui s’est dit dans cette courte vidéo.


Débarquement de Provence ? Non merci

A Toulon de nombreux dignitaires ont rendu hommage aux troupes alliées qui ont débarqué les 14 et 15  août 1944 sur les rivages de la Méditerranée pour libérer les terres françaises de l’occupation nazie. Treize présidents africains étaient invités à la commémoration du 70e anniversaire de cet événement. Sans blague…

Photo anciens combattants africains
Le débarquement en Provence concerne aussi l’Armé d’Afrique.(c) francaislibres.over-blog.com

C’est du Cameroun que j’ai entendu parler pour la première fois du débarquement en Provence. C’était deux jours avant le début des festivités. Lors du journal de la mi-journée, les bonnes gens de la CRTV indiquaient que le président de la République Paul Biya se rendrait en France à l’invitation de François Hollande pour assister à la commémoration du 70e anniversaire du débarquement en Provence. J’ai un peu tiqué sur l’information. Débarquement en Provence ou débarquement en Normandie ? On ne sait jamais avec nos folliculaires des médias d’Etat. Vérification faite, c’est bien en Provence que cet autre débarquement a eu lieu. Je me suis rendu compte que quelques grandes lignes de l’histoire en France de la Seconde Guerre mondiale m’échappent encore.

Je n’avais jamais entendu de ce débarquement en toute sincérité. Seul celui de Normandie faisait alors référence à quelque chose. Le fameux D Day qu’on entend célébrer tous les 6 juin. Presque, un jour férié en France si on s’en tient à la mobilisation médiatique. Et ce même reportage qu’on tourne et qu’on retourne sur les cimetières américains de  Colleville-sur-Mer, de Saint-James, etc. En 2014, la reine d’Angleterre était même invitée. Le débarquement en Normandie ? Je connais l’histoire par cœur. Hey ! J’ai regardé Planète il y a quelques années, j’ai parfois eu l’honneur de capter Histoirelorsque Canal+ et mon câbleur en ont convenance – et tout le temps je me suis fait le plaisir d’ingurgiter les leçons d’histoire de France 2 lors du journal télévisé et pire… dans des émissions animées par Stéphane Bern et Cie.

Et ce débarquement en Provence alors ? Je me suis renseigné notamment via le communiqué de presse de l’Elysée. Après l’avoir lu, j’ai retenu deux informations et souligné deux fautes (de goût).

Les deux informations sont les suivantes :

1-      Le débarquement en Provence a permis l’entrée sur le sol français de soldats de la France libre et de l’armée d’Afrique (Européens, « indigènes » Marocains, Algériens, Sénégalais)

2-      Ce débarquement a été plus décisif que le débarquement en Normandie.

Les fautes (de goût) :

1-      La distinction dans la parenthèse entre les Européens et les indigènes. Mettre indigènes entre guillemets n’excuse rien. La formulation « Marocains, Algériens, etc. » aurait largement suffi pour caractériser les protagonistes. Encore qu’on pouvait s’arrêter aux généralités en disant tout simplement «les Africains», parallélisme des formes oblige !

2-      Lorsque le président du comité scientifique de la mission interministérielle des anniversaires des deux guerres mondiales Jean-Pierre Azéma se permet en 2014 de citer les « Sénégalais » et de mettre un point, il fait plus qu’omettre. Il reproduit un cliché. Celui des tirailleurs sénégalais. C’est vrai que la France coloniale a tenu à englober toutes les milices qu’elle levait dans ses colonies sous le même vocable. Mais tous les tirailleurs n’étaient pas sénégalais même sous cet angle. Le Cameroun – qui n’était pas strictement une colonie de la France – ne répond pas à cette critériologie. Une plus grande circonspection aurait été de rigueur.

Mais passons.

Encore que les véritables tirailleurs sénégalais n’ont pas été gâtés par l’histoire.

Je voudrais revenir sur les deux informations que j’ai pu avoir. C’est mieux de rester positif, n’est-ce pas ?

La bonne humeur n’exclue cependant pas de s’interroger. S’il est vrai que le débarquement en Provence a été plus décisif que celui de Normandie, pourquoi est-ce toujours le même que l’on célèbre à grand renfort de publicité ? Je pose la question même pour les combattants français de France et pour les Européens mobilisés. Une autre question troublante. Pourquoi lors des cérémonies du 15 août 2014 on n’a pas vu, en Provence, les anciens combattants africains qui ont participé à ce débarquement?

– Où étaient les Noirs africains et les Maghrébins comme «Robert Roussafa, 18 ans en 1944, engagé dans les Français libres, qui a débarqué le 15 août 1944 ; Jacqueline Luyton, 24 ans en 1944, résistante, qui faisait la liaison avec le maquis en 1944 ; Louis Polverini, 17  ans en 1944, forestier dans l’Esterel, qui a assisté à l’arrivée des parachutistes alliés».

– Eh bien monsieur on les a cherchés, mais on n’en a trouvé aucun.

– Bien sûr mon cher, comment les auriez-vous trouvés ? Ils sont presque tous morts ou séniles ou fous ou perdus ou… devenus toujours quelque chose de terriblement intouchable.

Je suis petit-fils d’un ancien combattant africain qui s’est battu pour la France sur un autre théâtre. Ça me fait presque rire de voir François Hollande inviter les Paul Biya, les Alassane Ouattara et les autres au grand banquet de la République française.

Ceux-là sont sans doute redevable, mais d’autre chose.

Il y a quelques années, je travaillais sur la situation des anciens combattants au Cameroun. J’ai rencontré quelques responsables de l’Office national des anciens combattants. L’un d’eux m’a raconté la détresse dans laquelle sont morts les vieux croulants qui croyaient à la France malgré la colonisation et par devers l’indigénat. Il a fallu qu’on force la patrie des droits de l’homme à se souvenir d’eux et à aligner leur pension sur celle de leurs frères d’armes métropolitains. Cela fait juste 4 ans que Sarkozy a consenti cet effort. Merci mon frère. La quasi-totalité de ces gens-là sont morts dans le dénuement le plus total. Je ne parle même pas des veuves de ceux qui sont décédés quelques années après la guerre.

Pour ce petit peuple, je ne demande ni gloire, ni interview télévisé ni même inscription de noms sur les monuments de guerre qui ornent les murs des plus petites agglomérations françaises. Je demande qu’on continue l’histoire sans eux. Ils sont partis sachant qu’ils avaient été utilisés comme de la chair à canon. Que l’histoire continue sans eux.