William Bayiha

PODCAST – La « pacification » du Cameroun par la France au moment de l’indépendance (Ép. 5)

C’est une période complexe et souvent méconnue de l’histoire du Cameroun sous administration française : les Zones de pacification, plus connues sous l’acronyme Zopac. Qu’étaient-elles exactement ? Quel rôle ont-elles joué dans la lutte contre les mouvements indépendantistes ? Et quelles leçons pouvons-nous en tirer aujourd’hui, à la lumière des sources historiques ?

Pour comprendre les Zopac, il faut se situer dans un contexte de montée des mouvements indépendantistes au Cameroun, notamment l’Union des populations du Cameroun, l’UPC.

Face à cette opposition, les autorités françaises ont mis en place des stratégies de répression. C’est dans ce cadre qu’apparaissent les Zones de pacification, dont l’une des plus significatives fut celle établie en Sanaga-Maritime.

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PODCAST – La surveillance des indépendantistes par la France au Cameroun (Ép. 4)

La surveillance des militants des indépendantistes au menu de ce quatrième épisode de cette série consacrée aux relations entre le Cameroun et la France entre 1945 et 1971.

Face à la montée en puissance de l’Union des populations du Cameroun, l’UPC, et d’autres mouvements réclamant l’indépendance, la France a déployé un réseau tentaculaire de surveillance.

Au cœur de ce dispositif se trouvaient les agents et informateurs.

Le renseignement était considéré comme une information protégée, obtenue à l’insu des militants, pour éclairer leurs intentions.

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PODCAST – La censure et le contrôle des médias par la France au Cameroun entre 1945 et 1971 (Ép. 3)

Dans le 3e épisode de cette série de podcasts consacrée à la relation tumultueuse entre le Cameroun et la France entre 1945 à 1971.

Entre 1945 et 1960, l’administration française a organisé la censure et le contrôle des médias au Cameroun. Les autorités se sont illustrées par la répression des journalistes critiques. Elles promouvaient en même temps des journaux et des stations de radio qu’elles contrôlaient directement.

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PODCAST – Le rôle de la France dans l’histoire institutionnelle du Cameroun (Ép. 2)

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la conférence de Brazzaville en 1944 amorce une réflexion sur l’avenir de l’empire colonial français. Le Cameroun est alors un territoire sous mandat de la Société des Nations administré par la France.

Cette période est cruciale. Paris envisage une « communauté française », mais doit composer avec la reconstruction de l’ordre mondial et l’émergence de l’ONU.

Le Cameroun devient alors un « État associé » au sein de l’Union française en vertu des accords de tutelle qui ne seront publiés qu’en 1948. Ces accords disposent que le Cameroun est administré selon le droit français. Cette disposition aura des conséquences importantes sur la répression des mouvements indépendantistes. 

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PODCAST – La naissance du nationalisme camerounais (Ép. 1)

J’ai décidé de me lancer dans une série de podcasts (12 épisodes) afin de rendre compte d’un pan méconnu de l’histoire camerounaise et française : la naissance du nationalisme camerounais

Il s’agit de la période de l’après deuxième guerre mondiale qui correspond à la naissance du mouvement indépendantiste (souvent appelé nationaliste) au Cameroun.

Cette période de naissance du nationalisme camerounais a été une source d’interminables malentendus entre le Cameroun et la France au cours des dernières décennies.

Afin d’apeser les tensions, Paris a décidé de mettre sur un pied une équipe de travail composée à la fois d’historiens français et camerounais.

Les équipes ont travaillé dans le cadre de la Commission franco-camerounaise sur le rôle et l’engagement de la France au Cameroun dans la lutte contre les mouvements indépendantistes et d’opposition entre 1945 et 1971.

Le présent projet de podcast est ma contribution personnelle à la vulgarisation (à l’extrême) de leurs conclusions.

Les leaders de l’UPC : De gauche à droite, au premier plan: Ossendé Affana, Abel Kingué, Ruben Um Nyobè, Félix-Roland Moumié, Ernest Ouandié

Les prochains épisodes portent sur les thèmes suivants :

1- Le rôle de la France dans l’évolution institutionnelle du Cameroun

2- Censure et contrôle des médias

3- Surveillance des militants à l’échelle mondiale

4- Les formes de répression militaire

5- Le rôle des « commandos » civils

6- Mémoire et réconciliation

7- Comparaison avec d’autres mouvements de décolonisation

8- Le rôle économique de la France après l’indépendance

9- L’impact du franc CFA

10- La guerre des narratifs

11- Le rôle de la caricature et de la poésie

À lire aussi : De Mitterrand à Macron au Cameroun de Paul Biya


De Mitterrand à Macron au Cameroun de Paul Biya

Ce n’est pas la première visite d’un président français à Yaoundé sous la présidence Biya.
Et ce n’est sans doute pas la plus solennelle. La première fois où Biya reçoit un chef de l’État français, en qualité de président de la République, c’était les 21 et 22 juin 1983.
Emmanuel Macron avait alors seulement 5 ans !

S’il s’agit de la première fois que Paul Biya reçoit un président français, c’est aussi la première fois où François Mitterrand se retrouve à Yaoundé depuis son élection en 1981.

Retour sur cette visite particulièrement politique de Mitterrand à Douala d’abord, à Yaoundé ensuite puis à Garoua où il est reçu par l’ancien président Ahmadou Ahidjo.

En juin 1983, Paul Biya est président du Cameroun depuis seulement neuf mois.

Plus important encore, ses relations avec son prédécesseur Ahmadou Ahidjo sont extrêmement tendues.
Trois jours avant l’arrivée de Mitterrand, Paul Biya a annoncé un remaniement ministériel où il écarte les proches d’Ahidjo.

Exit Guillaume Bwele à l’Information et à la Culture. Samuel Eboua perd son poste de ministre de l’Agriculture.
Ayissi Mvondo est déchargé de l’Administration territoriale. Sadou Daoudou perd le ministère de la Défense.
Eteme Oloua est remplacé au ministère de la Santé.

En tout six anciens protégés d’Ahidjo sont mis au placard.

Pour essayer de rapprocher Ahidjo et Biya, François Mitterrand va rencontrer le président Biya à Yaoundé, puis le président Ahidjo à Garoua avant de regagner Paris. Pas sûr que ces rencontres aient contribué à détendre le climat politique puisqu’on sait que moins d’un an plus tard, en avril 1984, Paul Biya échappe de justesse à un coup d’État.

Mais restons en 1983.

Paul Biya jouit du soutien actif de la classe politique et de la presse hexagonales. Contrairement à son prédécesseur, il est diplômé de l’université française et il est catholique.

Beaucoup d’observateurs affirment d’ailleurs que la visite de Mitterrand est un adoubement officiel. Une manière de confirmer la disgrâce dans laquelle serait tombée Ahidjo.

Idylle Yaoundé-Paris

En cette année 1983, la France n’a d’yeux que pour le Cameroun. Yaoundé devient le premier client d’Afrique francophone de Paris devant la Côte d’Ivoire. La France reste le premier bailleur d’aide et d’assistance militaire du pays. Mitterrand accepte en plus la finalisation de l’achat d’une escadrille d’Alpha-Jet destinée à être installée à la base de Garoua.

Au-delà des questions bilatérales Cameroun-France, Paul Biya et François Mitterrand évoquent aussi la situation politique dans les frontières immédiates du Cameroun. Et officiellement, ils sont d’accord sur tout.

D’abord le Tchad au Nord. Quand Mitterrand arrive au Cameroun en juin 1983, la situation sécuritaire au Tchad inquiète déjà. En cette journée du 22 juin 1983, Mitterrand est encore à Yaoundé. Le département d’État des États-Unis signale, dans une déclaration, des mouvements de troupes dans le nord du Tchad. Il s’agit des hommes de Goukeni Oueddei soutenus par le co-lo-nel Kadhafi.

Ils seront stoppés dans leur progression en août 1983 grâce à la France et aux États-Unis en soutien à Hissène Habré. Vous vous rappelez que Hissène Habré a été condamné à perpétuité en 2016 pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Malheureusement, aucun de ses commanditaires internationaux n’a été inquiété ; même pas à titre de complice.

Passons. C’est une autre histoire.
 
Lors du passage de Mitterrand au Cameroun aussi, il évoque la situation du Nigeria avec le président Biya. Le Nigeria, à l’époque déjà, est secoué par des spasmes d’insécurité. Au Sud-est des groupes irrédentistes continuent d’émerger et déjà au Nord, commencent à se manifester des signes d’un extrémisme religieux.  
Enfin, la situation en Centrafrique reste extrêmement fragile depuis la destitution de l’empereur Bokassa Ier.

Du pareil au même

Quarante ans plus tard, c’est-à-dire aujourd’hui, on a l’impression d’avoir juste changé les acteurs.

Sur le plan purement économique, en 1983 comme aujourd’hui, la scène internationale est marquée par d’importants déséquilibres.

L’inflation est galopante un peu partout sur la planète.
 
Les pays producteurs de matières premières sont systématiquement perdants dans les échanges Nord-Sud, ou bien dépendants d’autres puissances étrangères parfois.
Mitterrand va dire combien il est chagriné par la spéculation qui touche par exemple le secteur du cacao et du café camerounais. Et dit se faire l’avocat des pays africains touchés par les jeux de spéculateurs.

Mais comme souvent avec le président socialiste, et globalement les présidents français, il y aura un grand écart entre le discours et les actes. On sait que tout au long de la présidence Mitterrand, la situation de déséquilibre va s’approfondir.

Le Cameroun est comme presque tous les pays producteurs de matières premières agricoles.
À ce titre, il va connaître des ajustements structurels et même à une dévaluation du franc CFA par le même François Mitterrand en 1994.

Les assurances de Mitterrand – nous avons vu que ce fut des mensonges, ne tombent pas du ciel.

Paul Biya se plaint auprès de son homologue du profond déséquilibre de la balance commerciale du Cameroun vis-à-vis de la France. Les Camerounais à l’époque achètent en premier les produits français, mais à l’inverse, les Français préfèrent d’autres marchés au marché camerounais.

Mitterrand fait au Cameroun, à l’époque, la promesse d’implanter une usine de liquéfaction de gaz à Kribi.
40 ans plus tard, le projet n’a jamais vu le jour.

Revenons au présent !

Emmanuel Macron en visite au Cameroun en cette mi-2022 est peut-être le dernier président français qui rendra visite à Paul Biya. Le contexte de sa visite pourrait donner l’impression que très peu de choses ont changé en 40 ans.

Questions actuelles

On parlait déjà de l’insécurité au Tchad, au Nigeria et en RCA en 1983. La situation économique mondiale était déjà tendue et la balance commerciale entre la France et le Cameroun était essentiellement en faveur de Paris.

Mais il ne faut pas croire que le Cameroun n’a pas changé en 40 ans de présidence Biya. A l’époque, à part les querelles Ahidjo-Biya, il n’y avait pas de partis d’opposition actifs au Cameroun.

Et aujourd’hui plus que jamais, il se pose, au Cameroun, la question de l’alternance. Elle est attendue comme l’un des sujets de discussion entre les présidents camerounais et français. Des leaders d’opposition ont d’ores et déjà dit qu’ils n’attendaient pas que la France joue les arbitres.

L’élection de Mitterrand en 1981 avait un peu atténué le sentiment anti-français au Cameroun.
Aujourd’hui pourtant, les différentes interventions de la France aux quatre coins de l’Afrique rendent le pouvoir français particulièrement impopulaire au Cameroun. Même si quelques entreprises françaises continuent à travailler au Cameroun, de nombreuses exercent avec de la difficulté ou quittent le pays.

Les médias français accusent souvent la Chine de pousser la France hors d’Afrique et particulièrement hors du Cameroun. Toujours est-il que la Chine a des intérêts grandissants en Afrique et entend bien les défendre. Dans les faits, la France s’est en général mise hors-jeu elle-même. À travers des tentatives d’ingérence dans les affaires internes du Cameroun, dans un soutien militaire tiède face aux menaces sécuritaires et à travers des enquêtes sur des biens mal acquis par exemple.


Comment le Rwanda est-il devenu le danger n°1 de la RDC ?

Les États-Unis peuvent-ils apaiser les relations entre la République démocratique du Congo et le Rwanda ?
Le secrétaire d’État étatsunien est attendu dans les deux pays selon des informations du magazine français Jeune Afrique.

Washington assure que la visite d’Anthony Blinken est indépendante du contexte international. Il est cependant difficile de croire que l’administration Biden ne va pas tenter de proposer ses plans pour sortir des tensions ouvertes entre Kinshasa et Kigali.

Vous savez que la tension est subitement montée ces dernières semaines entre la RDC et le Rwanda. Kinshasa accuse Kigali de supporter le Mouvement du 23 mars plus connu comme le M23.

Le groupe rebelle a pris possession d’une ville congolaise frontalière avec le Rwanda le 13 juin dernier. La localité a été reprise par les Forces armées congolaises trois jours plus tard. Mais depuis, les combats entre l’armée congolaise et les groupes rebelles se poursuit.

Mais qu’est-ce qui justifie la présence du Rwanda en RDC ? Comment cette présence s’est-elle construite au fil des années ? Et pourquoi la population congolaise accuse-t-elle la communauté internationale d’être complice du Rwanda ?

Pour comprendre les raisons de la présence du Rwanda en République démocratique du Congo, il faut remonter au moins à l’année 1994 i.e. à la fin du génocide rwandais.

En juillet de cette année-là, 1,5 million de Hutus rwandais convergent vers la ville frontalière de Goma, fuyant les représailles des anciens rebelles tutsis, désormais au pouvoir à Kigali.

Ces réfugiés constituent alors, dans l’esprit de Paul Kagame, le réservoir des milices Interahamwe, des unités armées créées par le parti du président Juvénal Habyarimana.

Le pouvoir tutsi est convaincu d’une chose : ces Hutus chassés du pouvoir préparent une invasion du Rwanda pour prendre leur revanche. Il faut donc les combattre là où ils sont i.e. en territoire congolais.

Kinshasa, Kigali, Kampala

Mais pour quelle raison les pourchasser à l’Est du Congo et pas dans les autres pays voisins où certains Hutus rwandais se sont aussi réfugiés ?

Les rapports des Nations unies sont formels : le Rwanda veut faire main basse sur les richesses minières de l’Est de la RDC. En attestent les conclusions du rapport Mapping de 2010. Mais comment faire pour y parvenir ?

En ce milieu de la décennie 1990, la RDC qui s’appelle encore Zaïre vit des moments troubles.
Le pouvoir du maréchal Mobutu est déliquescent. Et l’afflux de réfugiés rwandais a rendu la situation chaotique à l’est du pays. La situation politique va se compliquer davantage avec la création de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre par Laurent-Désiré Kabila.

L’ancien combattant lumumbiste a une occasion unique de renverser le vieil autocrate. Mais même si Mobutu perd déjà la main, il reste encore puissant pour le seul Kabila. Paul Kagame du Rwanda et Yoweri Museveni de l’Ouganda se proposent de lui prêter main forte. Officiellement, le pouvoir rwandais veut régler son compte à Mobutu accusé de protéger les anciens barons hutus accusés de génocide. Pareil pour les Ougandais qui disent à l’époque soutenir les mêmes objectifs que les Rwandais.

Je vous explique pourquoi c’est logique plus tard dans cet épisode.

Dans le fond, Museveni a de vieux compte à régler avec Mobutu. Le président ougandais accuse aussi le maréchal de soutenir ses opposants, y compris les combattants de l’Armée de la résistance du Seigneur (ndlr :  mouvement de guérilla ayant débuté en 1986 en Afrique de l’Est).

Restons en 1996.

Soldats congolais ajustant leurs armes quelque part à l’est de la RDC (c) Auteur inconnu, 2001, CC.

Il faudrait tout un épisode entier pour comprendre comment Kabila Laurent Désiré, un ancien rebelle communiste et révolutionnaire, reconverti dans le commerce de l’or au Kenya, se retrouve à la tête de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL).

Objectif : faire partir Mobutu

Des historiens tels que Mwayila Tshiyembe affirment que cette alliance hétéroclite de groupes rebelles congolais fut créée de toute pièce et animée par Kagame et Museveni. L’objectif premier est de protéger les Banyamulengue i.e. des populations tutsies originaires du Rwanda et installées à l’est de la RDC. L’AFDL vise à combattre les forces armées zaïroises et les hutus réfugiés au Zaïre et organisés autour du Rassemblement républicain pour la Démocratie au Rwanda.

Des hommes en provenance de l’Angola, du Zimbabwe et de l’Érythrée vont aussi se joindre à la mêlée.
Mais ces trois pays vont rapidement se retirer du théâtre congolais.

Toujours est-il que l’AFDL réussit à défaire ses adversaires et ouvre la voie de la capitale Kinshasa à Laurent-Désiré Kabila. L’opération dure d’octobre 1996 à juin 1997.

C’est simple. Ce fut une marche entre l’est de la RDC et la capitale Kinshasa. Dans sa progression à travers le pays, le nouvel homme fort est activement soutenu par le Rwanda et l’Ouganda.

L’alliance pousse Mobutu à la sortie.

Kabila se proclame président de la République démocratique du Congo le 17 mai 1997. Il gouverne avec ses alliés pendant les premières années de sa présidence.

Mais quels alliés encombrants !!!

Les soldats rwandais et ougandais sont accusés des pires atrocités sur les populations congolaises. Les tueries se multiplient. Kigali et Kampala continuent à parler de question de sécurité. Laurent-Désiré Kabila comprend qu’il est pris au piège. Il accuse ses anciens protecteurs de pillages.

Guerre Rwanda vs Ouganda en RDC

La confirmation de ces accusations est donnée à plusieurs reprises à travers des affrontements directs entre les armées rwandaises et ougandaises. L’objet de la discorde est toujours le contrôle des mines congolaises.

Les affrontements du 5 au 10 juin 2000 à Kisangani constituent le sommet de ces batailles entre les Rwandais et les Ougandais pour le contrôle des mines d’or congolaises. Les combats se déroulent en pleine agglomération. Les soldats tirent au mortier. Qu’importe ! Ils sont loin de chez eux.

En seulement six jours, près d’un millier de civils congolais sont tués. Un rapport de l’ONU précise :

« Les deux armées (rwandaise et ougandaise) ont également détruit plus de 400 résidences privées et gravement endommagé des biens publics et commerciaux, des lieux de culte, dont la cathédrale catholique Notre-Dame, des établissements consacrés à l’éducation et des établissements sanitaires, dont des hôpitaux ».

Rapport du Projet Mapping, août 2010

J’ai fait le vœu de vous parler de l’histoire récente de la présence rwandaise au Congo. Elle est inséparable de l’histoire de l’émergence de deux personnalités dans les Grands Lacs dans les années 1980 : Museveni et Kagame. Les deux hommes semblent aujourd’hui se vouer une haine viscérale. Ils ont pourtant travaillé ensemble à déstabiliser la sous-région de manière profonde.

Kagame a en effet été l’un des patrons des renseignements en Ouganda lors des premières années de pouvoir de Museveni. Il en était le directeur adjoint alors que Fred Rwigema, un autre Rwandais était le directeur.
Les deux compères doivent leur poste à leur implication dans les 7 années de rébellion qui ont conduit Yoweri Museveni au pouvoir en 1986. Comme eux plus de 10 % des rebelles ougandais étaient en réalité des réfugiés tutsis ayant fui le Rwanda depuis 1960.

Rwigema et Kagame perdent leur poste en Ouganda du fait de la pression des Ougandais. Il faut savoir que Museveni est un nationaliste radical. Et l’aile la plus dure de ses soutiens ne comprend pas comment des Rwandais peuvent occuper des positions aussi stratégiques au cœur de l’appareil de l’État ougandais.
Débarqués des services de renseignements, Kagame va obtenir une bourse pour se former dans une académie militaire aux États-Unis.

Protéger les Tutsis avant tout

Fred Rwigema lance et prend la tête du Front patriotique rwandais. Il est tué au front en 1990 obligeant Paul Kagame à revenir dans les grands lacs et à prendre la tête du mouvement.

Et c’est sous la direction de P. Kagame que le FPR (Front patriotique rwandais) va contribuer à faire glisser le Rwanda dans la tragédie d’un génocide. Le FPR est ouvertement un mouvement tutsi dont l’ennemi désigné est le régime en majorité hutue alors en poste au Rwanda. Même après avoir pris le pouvoir, Paul Kagame va faire de la protection des tutsis de la région leur axe politique majeur.

C’est au nom de cette politique pro-tutsi qu’ils entrent au Zaïre, aujourd’hui RDC, où se trouve une minorité d’anciens réfugiés tutsis appelés localement les Banyamulenges.

Après les événements de 1994, les centaines de milliers de Hutus qui fuient les représailles du nouveau gouvernement au Rwanda se déversent au Zaïre. Les affrontements avec les Banyamulenges sont nombreux et constituent un prétexte suffisant pour que Paul Kagame conçoivent le dessein de s’ingérer dans la politique intérieure de la RDC afin de protéger ses frères.

Mais est-ce que la protection des Tutsis congolais, des Banyamulenges ne fut pas justement pas un prétexte pour faire main basse sur les ressources de la RDC ? N’est-ce pas au contraire par pur opportunisme que les forces rwandaises ont profité de la situation déjà chaotique dans l’est de l’ancien Zaïre ?
Ne faut-il pas pointer un doigt accusateur sur les Congolais eux-mêmes ? En commençant par Joseph Désiré Kabila qui a fait entrer un loup dans la bergerie ; mais aussi en blâmant la gestion du pouvoir de Mobutu Sesse Seko ?

Agents de liaison civils à Bunia, RDC en juillet 2013. (c) Photo MONUSCO/ Myriam Asmani

Responsabilités partagées

Je refuse exprès d’évoquer le rôle trouble des Occidentaux.

Les États-Unis ont possiblement apporté leur soutien aux rebelles ougandais puis rwandais dans la sous-région. Ce soutien a commencé pendant au moins deux décennies qui ont précédé le génocide au Rwanda et l’invasion du Congo. L’Allemagne puis la Belgique sont comptables de l’exacerbation des tensions entre Hutus et Tutsis dans les Grands-Lacs lors de la période coloniale. Tandis que la France et la Grande Bretagne ont soutenu à bout de bras des régimes toujours plus violents dans les premières années de leur indépendance que ce soit au Burundi, au Congo, en Ouganda ou au Rwanda.

Au-delà de tout, les populations locales sont les principales victimes. Et elles sont aussi les principaux responsables. C’est en leur nom que tout ce sang est versé. Le citoyen lambda est celui qui nourri les préjugés sur les Hutus, sur les Tutsis, sur les Banyamulenges, sur les « Congolais se souche ». La société locale est aussi porteuse des préjugés et des tensions. Avant de les exploiter, le politicien émerge d’un corps social déjà préparé. Et même quand viendrait un messie, une société corrompue ne le verrait pas. Il y a même de fortes chances que le messie soit tué.

C’est le rôle de chacun dans les Grands-Lacs et plus globalement en Afrique de sortir des préjugés. Considérer l’autre Africain comme un frère, malgré les différences, est une responsabilité personnelle et collective. Tant qu’on sera en train de généraliser, nous serons fragiles et prompts à s’adonner à des massacres que d’autres exploiterons. C’est ainsi la réalité du monde.


Paludisme : l’affaire du siècle pour Bill Gates

Votre enfant recevra peut-être bientôt un vaccin contre le paludisme. L’agence internationale des vaccins (Gavi) a annoncé un soutien financier pour les pays africains qui voudraient déployer le vaccin.

L’Organisation mondiale de la santé a approuvé le vaccin en octobre 2021. Le Mosquirix, le nom de ce vaccin, est constitué de quatre de doses. Et il est développé par GSK Plc, une multinationale pharmaceutique.

L’agence internationale des vaccins dit disposer d’une enveloppe de 155,7 millions de dollars pour le déploiement initial du vaccin. C’est beaucoup d’argent.

Avant de s’en féliciter, il faudrait d’abord savoir ce qui se cache derrière le fameux Gavi.

L’agence internationale des vaccins est une ONG principalement financée par le milliardaire américain Bill Gates. Elle prône le partenariat public-privé. Son objectif est d’encourager les pays les plus pauvres à vacciner leurs populations. Ces derniers reçoivent des soutiens financiers dans un premier temps, puis progressivement, ils s’appuient sur leurs ressources propres.

La fondation Bill et Melinda Gates met quelque 1 milliard de dollar annuellement dans l’effort mondial pour la vaccination.

Mais comment comprendre qu’un homme tel que Bill Gates s’engage dans une telle cause. Qu’est-ce qu’il gagne ?

Il faudrait savoir que Bill Gates est l’une des figures les plus emblématiques du néolibéralisme. Le néolibéralisme est en effet la forme actuelle du capitalisme. Ici, les agents économiques prennent le moins de risques possibles. Ils s’appuient essentiellement sur les ressources des États pour faire toujours plus d’argent et en redistribuer le moins possible.

Bill Gates à la rescousse

Typiquement, Bill Gates est de ceux-là. Plusieurs études ont été faites pour montrer comment l’homme d’affaires multi-milliardaires en dollars US monte des arnaques pour contourner le système fiscal américain.

En 2017, il a annoncé céder toutes ses parts à Microsoft à la Fondation qu’il a lui-même crée avec sa femme. Or les organisations à but caritatif ne paie pas les impôts. L’argent reste pourtant dans les poches de Bill.

Comment un homme qui ne paie pas les taxes dans son propre pays peut-il vouloir aider les enfants d’Afrique ? Est-ce que les bonnes intentions du Gavi ne vont pas faire du mal aux Africains sous prétexte de les sauver ?

Depuis au moins 2002, la fameuse fondation Bill et Melinda Gates a acquis des parts dans au moins 9 compagnies pharmaceutiques. L’enveloppe de ses acquisitions à l’époque s’élevait à quelque 250 millions de dollars des États-Unis.

En 2019 encore, la même fondation achetait massivement des parts de BioNTech, un laboratoire pharmaceutique que de nombreuses personnes ont seulement découvert en pleine pandémie du coronavirus. Montant de l’investissement : 100 millions de dollars.

Intérêts financiers vs santé mondiale ?

Ces faits démontrent que la fondation Bill et Melinda Gates et son excroissance le Gafi ont des intérêts certains dans le business du médicament et spécialement du vaccin.

Je vous explique maintenant comment Bill Gates compte utiliser le vaccin sur le paludisme pour s’assurer un marché de plusieurs milliards en Afrique avec peu d’efforts.

Le paludisme représente la première cause de mortalité en Afrique. 92 % des cas de cette maladie mortelle sont recensés sur le continent. Aucun gouvernement ne peut sérieusement se détourner d’une solution pour contrer ce mal. Les clients que visent donc la stratégie de Gates ce sont les États.

La proposition de Bill Gates de fournir 155 millions de dollars pour les pays qui vont accepter de prendre ses premières doses de vaccins antipaludiques est une simple technique de marketing.

L’objectif est de créer des réseaux de praticiens et d’exciter les opinions publiques afin que, même les États qui regarderaient ces vaccins d’un œil dubitatif soit contraint de les acheter.

Et ce n’est pas un hasard si c’est GSK Plc qui a découvert le vaccin que Bill Gates veut vendre. La fondation Bill et Melinda Gates sont en affaire avec ce laboratoire depuis au moins 2013.

Ces développements permettent de dire qu’il nous sera très difficile de ne pas donner notre argent à Bill Gates. Bien plus que les ordinateurs et les logiciels, la santé est la première industrie au monde.

La santé, une industrie très rentable

Elle représente au moins 14 % des échanges mondiaux soit près de 10 trillions de dollars. Et selon la Banque mondiale, les habitants des pays en développement, y compris donc les pays africains, dépensent en moyenne 500 milliards de dollars chaque année de leur poche pour avoir accès aux soins de santé.

C’est une manne qu’un investisseur tel que Bill Gates ne peut pas laisser passer.

Et je dis qu’il a totalement raison de profiter de la situation dans un monde où chaque Être humain a un cerveau pour réfléchir.

Parce que la question se pose : comment pouvons-nous, en tant qu’Africains, économiser notre propre argent et peut-être gagner des parts de marché dans l’enveloppe globale de 10 trillions de dollars que les habitants de la planète terre dépensent chaque année ? Est-il possible de penser la médecine autrement ?

Voilà la réflexion à laquelle je me consacre actuellement. Mais je peux d’ores et déjà vous dire que cette question élimine la médecine dite traditionnelle de mon esprit. Dans le combat pour la construction d’une contre-hégémonie médicale à l’échelle mondiale, la médecine traditionnelle est inutile. Parlons-en en commentaires, en attendant la prochaine vidéo.

C’est un pas en avant pour le vaccin, qui a mis des décennies à se développer. Le paludisme, en moyenne, tue un enfant chaque minute.

Cependant, le déploiement devrait commencer lentement, l’offre tombant bien en deçà de la vaste demande pendant plusieurs années, selon une récente enquête de Reuters.

Une responsabilité africaine

Le Ghana, le Kenya et le Malawi – pays africains qui ont été impliqués dans des programmes pilotes utilisant le vaccin – peuvent d’abord demander, d’ici septembre, d’élargir leur utilisation du vaccin. D’autres pays peuvent postuler d’ici la fin de cette année, a déclaré Gavi dans un communiqué.

« Le travail vers un vaccin contre le paludisme a été long et difficile », a déclaré Seth Berkley, directeur général de Gavi. Parallèlement aux interventions existantes comme les moustiquaires, Berkley a déclaré qu’il espérait que le nouvel outil « nous permettrait désormais de sauver plus de vies dans les pays les plus durement touchés par cette maladie mortelle ».

S’il y a un point sur lequel la pandémie du coronavirus a été positif, c’est qu’il a amené l’industrie pharmaceutique à se dévoiler un peu plus.

Il est virtuellement possible de produire un vaccin sur n’importe quelle maladie si les efforts suffisants sont faits pour y parvenir.


Kenya : putsch et amateurisme au sommet

Le 1er août 1982 quelques officiers subalternes de l’armée kényane décident de faire tomber le président Daniel arap Moi. En moins de quatre heures, ils parviennent à mettre la main sur les deux principales bases aériennes de Nairobi. Ils saisissent la radio dont le siège se trouve au centre-ville. Ils peuvent annoncer urbi et orbi que le président arap Moi et l’ensemble de son gouvernement sont tombés.

LES 200 COUPS

En lisant sur les coups d’État, depuis l’Égypte ancienne, j’ai appris que les conspirés qui crient victoire trop vite finissent toujours mal. Dans le cas du Kenya, l’amateurisme va le disputer à la mégalomanie. Un savoureux cocktail. Juste ce qu’il faut pour échouer brillamment.

GAGNEZ DU TEMPS, ÉCOUTEZ LE PODCAST 1506, UNE HISTOIRE DE L’AFRIQUE

Avant même d’être sûr d’avoir le dessus sur les forces loyalistes, les habitants de Nairobi écoutent la voix d’un certain Hezekia Ochuka, militaire de son état. Il est en train de leur expliquer que Daniel arap Moi n’est plus le président et que le paradis est pour demain.

Exactement ce qu’il faut pour que l’armée régulière prépare la riposte. Mais n’allons pas vite en besogne, voulez-vous ?

Arrêtons-nous un moment sur la figure de Hezekia Ochuka Rabala, le chef des assaillants.

Ochuka a de fait été président de la République du Kenya pendant six heures, le temps qu’il a fallu aux éléments loyalistes de l’armée pour organiser une contre-offensive.

Le 1er aout 1982, il est âgé de 29 ans et préside le « Conseil de Rédemption du peuple », un clin d’œil au Conseil qui a porté Jerry Rawlings au pouvoir au Ghana. Membre de l’armée de l’air kényane depuis six ans seulement, Hezekia Ochuka est l’équivalent d’aviateur 1ère classe, c’est-à-dire le deuxième grade le plus bas de la hiérarchie militaire dans l’armée de l’air.

Modeste par le grade et la formation, mais ambitieux. Sur son bureau le soldat a pris le soin de graver son rêve : « futur président du Kenya ».

L’homme est à deux doigts d’arriver à ses fins. Pendant qu’il est à la radio, ses camarades font la loi sur le terrain. À la base de Laikipia, pour être précis.

Souvenez-vous, ce sont de simples soldats. Ils ne savent pas manier d’avion. Et évidemment, ils veulent en utiliser dans leur stratégie. Ils sont quand même de l’armée de l’air.

Ils réquisitionnent alors trois pilotes et leur ordonnent de faire décoller deux chasseurs F-5E Tiger et un Strikemaster.

La mission de ces kamikazes de fortune ? Bombarder la State House, le palais présidentiel du Kenya et le quartier général des forces d’élite de la police .

Les conspirés espèrent que l’objectif est clair. Les pilotes décollent.

L’un d’entre eux ne sait pourtant pas manier son appareil.

Encore qu’aucun des chasseurs ne vise les cibles commandées. Sur un canal secret, ils s’accordent pour effectuer des manœuvres de haute voltige afin de désorienter les capteurs des donneurs d’ordre restés au sol. Une fois sûr d’être irrépérables, ils jettent leurs bombes sur les flancs du mont Kenya.

En refusant de s’exécuter, les pilotes offrent du temps supplémentaire au commandement militaire présent à Nairobi d’organiser la riposte qui va mettre les conspirateurs KO.

Si vous ne l’avez pas perçu, laissez-moi vous le dire une nouvelle fois. Hezekia Ochuka et ses hommes ont toutes les qualités. Sauf la modestie. Ils sont sûrs que leur plan est infaillible.

Les événements vont nous prouver que ce n’est que dans leur esprit.

Le coup d’État devait se dérouler en même temps qu’un exercice militaire d’envergure qui mobilisait le plus gros des troupes et de la hiérarchie militaire du Kenya à Lodwar, une ville de l’intérieur du pays.

Les comploteurs étaient convaincus que les responsables qui ne participeraient pas à cette simulation seraient des seconds couteaux faciles à battre.

En effet, seuls quatre hauts gradés sont restés à Nairobi. Mais ce ne sont pas n’importe qui !

Il s’agit du commandant des armées et chef d’état-major adjoint le général de corps d’armée John Sawe, son adjoint le général de division Mahmoud Mohamed et deux autres officiers supérieurs.

Lors d’une réunion improvisée, le général de division Mahmoud Mohamed est chargé d’organiser la riposte contre les assaillants.

En quelques heures, les insurgés sont circonscrits grâce aux efforts conjugués de l’armée et des unités spéciales de la police.

La radio est reprise. Les soldats avaient oublié de prendre aussi le poste de transmission. Leur couper la parole a été un jeu d’enfant.

L’amateurisme des principaux acteurs de ce coup d’État au Kenya va plus loin. En arrivant à la radio, les conspirés interrompent le journaliste Leonard Mambo Mbotela. Ils demandent au technicien de permanence de mettre de la musique militaire afin d’habiller l’annonce du putsch qu’ils sont en train de perpétrer.

Mais la station n’a pas de musique militaire dans ses bandes. Et c’est compréhensible : ce n’est pas tous les jours qu’on reçoit des mutins à Voice of Kenya. Après un moment de réflexion, les putschistes s’accordent. La musique de Jimmy Cliff et celle de Bob Marley fera largement l’affaire ! Un putsch sous fond de musique reggae. Une touche de légèreté improvisée dans un moment aussi grave ?! Tout à coup, le coup de force prend des allures de vaudeville.

Les bases aériennes tombées entre les mains des putschistes sont récupérées les unes après les autres sans résistance particulière.

Le coup d’État a quand même fait plus de 300 morts dont 200 civils.

Son coût total pour l’économie s’élève à près d’un demi-milliard de shilling, selon des estimations du journal kényan Daily Nation.

Avant de revenir plus en détail sur les conséquences de ce coup de force, essayons de comprendre comment un soldat fusse-t-il de l’armée de l’air a réussi à monter un coup d’État ; et quelles sont les raisons qui expliquent son cuisant échec.

Au début des années 1980, le Kenya se trouve dans un contexte africain survolté en matière de putsches militaires. Entre 1979 et 1982, le continent a enregistré plus de quinze coups d’État.

En Afrique de l’est et dans la Corne de l’Afrique, le Kenya est le seul pays de sa taille à être administré par un régime issu d’un processus politique pacifique. En Ouganda, Yusuf Lule a réussi à pousser Idi Amin Dada hors du pouvoir en 1979. En Éthiopie, Mengistu Haile Mariam, préside le gouvernement militaire provisoire tandis qu’au Soudan le colonel Gaafar Nimeiry dirige le pays d’une main de fer.

Daniel arap Moi arrive au pouvoir dans ce contexte régional troublé en 1978. Il prend la succession du père de l’indépendance Jomo Kenyatta. La détente du climat politique mise à part, les Kényans voient se renforcer les maux déjà présents dans l’ancienne administration.

Corruption, abus de pouvoir, délitement du tissu économique.

La rue est unanime : le président Moi et son entourage gèrent mieux leur destin personnel que celui du pays.

L’armée est le symbole de la paupérisation des masses kényanes. Alors que les officiers sont traités comme des seigneurs, les hommes de troupes, en général jeunes, comme Hezekia Ochuka croupissent dans la misère.

À ces problèmes institutionnels, s’ajoutent des accusations de discrimination ethnique. Il est intéressant de noter que les têtes pensantes du complot étaient toutes de la même ethnie : Luo. Au moment du coup d’État, seuls trois Luo font partie du gouvernement. Le déterminant ethnique peut aussi expliquer la précipitation dans laquelle s’est déroulé le putsch du 1er août.

L’un des leaders du « Conseil de Rédemption du Peuple » – en majorité Luo donc – avait peur que l’opportunité du coup d’État contre arap Moi soit saisie par les Kikuyu, l’ethnie de l’ancien président afin de remettre le pouvoir à Mwai Kibaki. Pour ne pas être doublé, il ont accéléré le mouvement au risque de confondre vitesse et précipitation !

Une précipitation qui a paradoxalement failli sauver ce coup d’État de toute façon condamné. J’y reviendrai tout à l’heure.

Comme je l’ai déjà dit, l’échec du coup d’État est surtout lié à l’amateurisme du groupe de dissidents et aux querelles de personnes. Après l’échec de leur entreprise, il apparaît que l’initiative de mettre sur pied un « Conseil de Rédemption du Peuple » a été portée à bout de bras par trois personnes. Joseph Odigi Obuon, le sergent Pancras Oteyo et donc Hezekia Ochuka. Mais qui allait prendre la tête de la rebellion ?

Chacun d’entre eux se voyait déjà à la tête du pays.

L’affaire est telle que les trois hommes sont prêts à tout laisser tomber. Finalement, Joseph Odigi Obuon et Pancras Oteyo consentent à Hezekia Ochuka de prendre la responsabilité du complot. Mais ils s’entendent à le tuer après avoir pris le pouvoir. À la guerre comme à la guerre, me diriez-vous.

Nos amis ne le savent pas encore. Mais en réalité, ils se battent pour rien.

Comme je vous le disais tout à l’heure, le putsch amateur en cours au Kenya est de toute façon condamné.

Il se trouve que Daniel arap Moi et ses plus hauts chefs militaires avaient déjà été informés de la préparation d’un coup d’État. L’information lui avait même été confirmée le vendredi, 30 juillet, c’est-à-dire deux jours avant le complot, par James Kanyotu, le patron des services de renseignement.

Le renseignement est plus détaillé. Il dévoile même le nom des commanditaires. Le patron des services secrets veut les arrêter avant qu’ils ne se blessent eux-mêmes et ne blesse quelqu’un.

Après un moment de réflexion, le chef de l’État lui demande de ne rien faire. Il est toujours sensible pour un service de police d’opérer des arrestations dans les casernes. Les militaires y voient souvent de l’insubordination.

Le président veut gérer la question directement avec l’armée dès le lundi, 2 août. Manque de pot : le coup d’État eu lieu pendant le weekend.

D’autres sources soupçonnent Daniel arap Moi d’avoir laissé faire les putschistes exprès. Il les savait mal préparés, sans soutien politique en dehors du pays, peu armés et très peu formés.

Leur initiative toute foireuse qu’elle puisse être devrait lui permettre d’imposer des mesures sécuritaires draconiennes à même de prévenir des coups d’État beaucoup plus élaborés par des militaires plus formés.

Et les candidats au putsch ne manquaient pas.

De nombreux barons de l’ère Kenyatta n’avaient pas toujours digérés l’arrivée de l’ancien vice-président à la tête de l’État. Il faut noter que le nouveau président n’est pas de l’ethnie Kikiyu comme son prédécesseur. Et ses ennemis dans les rangs même du pouvoir sont nombreux.

Les tenants de la thèse d’un coup d’État-prétexte ajoutent que c’est à dessein que le président n’a pas voulu suivre les recommandations des services de renseignement ; et c’est en connaissance de cause que la rébellion a été matée avec autant de rapidité.

Difficile de croire Daniel arap Moi machiavélique au point de sacrifier la vie des centaines de ses compatriotes pour renforcer son pouvoir. Ce qui est sûr par contre, après l’épisode du 1er août 1982, le pouvoir kényan est entré dans une ère de répression politique sans précédent.

Au fil des années qui ont suivi, le président a fait le ménage dans son entourage.

Sa cible favorite : les membres de ce que les Kényans appelle la Kiambu Mafia, la nébuleuse kikuyu, fer de lance de la reconquête du pouvoir.

De nombreux soldats insurgés sont tués dans les combats sporadiques qui se déroulent à Nairobi le jour même des événements. Quelques chefs ont pu trouver refuge en Tanzanie, et parmi eux, Hezekia Ochuka. Il sera extradé quelques années plus tard.

Le procès devant la cour martiale qui se tient à Nairobi prononce plusieurs peines d’emprisonnement mais aussi des peines capitales.

Parmi les personnes incarcérées pour trahison, on trouve notamment l’actuel opposant Raila Odinga alors étudiant. Son père Oginga Odinga déjà opposant de Kenyatta et d’arap Moi fut également placé en résidence surveillée pour avoir financé les putschistes. De nombreux étudiants et enseignants d’université sont soupçonnés d’avoir soutenu les soldats rebelles. L’université est fermée pendant presqu’une année.

Le 10 juillet 1985, les concepteurs du coup d’État sont extraits de la prison de haute sécurité de Kamiti pour être exécutés. Les derniers sont pendus en 1987. Cette date reste très controversée puisque selon la cour suprême kényane les dernières exécutions dans le pays ont été faites en 1986.

Sur le plan strictement politique, le coup d’État contre Daniel arap Moi a eu pour conséquence immédiate l’annulation des élections de 1983. Le président a également saisi l’opportunité du putsch pour réorganiser l’armée et la police. L’armée de l’air par exemple est dissoute.

Il renforce ses propres pouvoirs et accentue la centralisation et la personnalisation du pouvoir. Il fait voter une loi d’exception. L’ensemble des services administratifs du pays sont sous sa responsabilité directe. Les prérogatives du Parlement sont révoqués. Le président n’a plus de compte à rendre aux députés. Même mouvement en matière d’indépendance du pouvoir judiciaire. Les arrestations arbitraires interrompues avec la prise de fonction du nouveau président en 1978 reprennent de plus belle.

Dans une atmosphère aussi amicale, les voix dissidentes sont envoyées au cachot sans passer devant un juge.

Les libertés de la presse, d’association et de mouvement sont réduites à leur plus simple expression.

Le système de flicage systématique qui résulte de la tentative de coup d’État d’août 1982 a généré des curiosités dans la culture politique du Kenya. Les ministres devaient arborer un pin’s sur leur veste avec un portrait du président arap Moi. Les pin’s, vous savez ces épinglettes qu’on place sur le pli du col d’une veste. Les ministres prévenants achetaient donc un pin’s à chaque fois qu’ils avaient un nouveau costume. On ne sait jamais, si on oublie !

Et puis le système électoral, ne m’en parlez pas. Daniel arap Moi avait mis sur pied un système relativement amusant d’élection pour améliorer le vote à bulletin secret.

Pour les scrutins locaux, les électeurs devaient se mettre derrière le candidat de leur choix. Si un candidat avait 70 % des voix, il était élu sans passer par le vote à bulletin secret. La méthode avait le grand avantage d’éviter la fraude électorale. Mais qui pouvait oser s’aligner derrière un opposant quand un des proches de Moi était candidat ?

Dans un article en ligne Wandia Njoya, enseignant de langues à Nairobi avance que Moi a maintenu le système d’un État exploiteur en écrasant des espaces d’imagination alternatifs de la même manière que ses prédécesseurs l’ont fait, mais avec plus de cruauté.

N’hésitez pas à partager cet épisode et les autres de la série « Les deux cents coups » aux amoureux de l’histoire de l’Afrique autour de vous. Au revoir !


« Le coup d’État des aviateurs », bernés par Hassan II, roi du Maroc

LES DEUX CENT COUPS

Quand vous allez à Rabat en plein été, vous pensez au soleil, aux palmiers, au ciel d’azur, farniente quoi !… Mais le ciel sait être trompeur, il ne laisse pas de traces. Parce que si le ciel laissait des traces, on pourrait encore voir dans celui de Rabat les stigmates de la violente tentative de coup d’État par des aviateurs qui failli coûter son trône à Hassan II, roi du Maroc, le 16 août 1972.

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Imaginez des chasseurs F-5 A prendre en chasse un Boeing… Si vous vous apprêtez à prendre l’avion, désolé. L’histoire de la deuxième tentative de putsch contre Hassan II, plus connu comme le coup d’État des aviateurs a de quoi donner le vertige. 

Nous sommes le 16 août 1972. Le roi du Maroc Hassan II rejoint Rabat. Il a déjà passé trois semaines en France. Autour de 16 h, l’avion royal pénètre dans l’espace aérien marocain. L’appareil est au large de Tétouan quand il est rejoint par quatre chasseurs de l’armée de l’air. Rien d’extraordinaire jusque là. Le vol se déroule à merveille.

Un cortège aérien à environ 3 000 mètres du sol

Mais l’ensemble des membres de la délégation va très vite se rendre compte que le retour à Rabat ne va pas se passer aussi simplement qu’ils l’avaient imaginé. Une violente secousse les sort brusquement de leur torpeur.

En jetant un œil par le hublot, ils comprennent que leur Boeing est pris pour cible par un des chasseurs d’escorte. La cabine est transpercée par un petit obus, tandis que trois réacteurs sont endommagés par les tirs des mitrailleuses. Le sang envahit l’habitacle de l’avion. Plusieurs personnes sont blessées. Mais le roi est indemne !

C’est à ces premiers moments que le sort de ce coup d’État, d’une violence et d’une audace incroyable, se noue. Hassan II va jouer une carte qui plus tard se révélera décisive pour sa survie et celle de son trône.

« À la radio, il annonce qu’il a des blessés, que ses copilotes ont été touchés à mort et que le roi est gravement blessé. »

Mohammed Kabbaj, le commandant de bord, réussit à établir la liaison radio avec les pilotes des chasseurs. Il les reconnaît. Il s’adresse également à la tour de contrôle de l’aéroport de Rabat. À la radio, il annonce qu’il a des blessés, que ses copilotes ont été touchés à mort et que le roi est gravement blessé. Il demande à atterrir.

Les tirs cessent. Les chasseurs exigent que le Boeing royal atterrissent à la base militaire de Kenitra. Malgré cet ordre, le commandant de bord ira se poser à l’aéroport de Rabat, tout proche, au prix d’une sortie de piste. 

Le roi descend en pleine piste, emprunte une voiture et se rend au salon officiel. Il pense avoir échappé au pire et rumine sans doute déjà sa vengeance lorsqu’il salue les troupes et s’entretient avec le chef du gouvernement et d’autres hautes personnalités dans le salon de l’aéroport. Il parle avec ses enfants, et se rit de la mort à laquelle il vient d’échapper. 

Bientôt, les putschistes se rendent compte qu’ils ont été dupés…

Le roi n’a jamais été touché dans l’avion. Les mots du commandant de bord étaient un mensonge, un subterfuge pour que les chasseurs cessent leurs tirs.

De son côté, Hassan II décide de quitter le bâtiment du salon pour être en compagnie de son frère. Une salve de tirs de mitraillette arrose l’aéroport, poussant le roi à se coucher au sol comme l’ensemble des personnes présentes. 

Quand les F5 disparaissent dans le ciel, le calme revient peu à peu. 

Il faut désormais être très discret. Un cortège serait une cible idéale pour les chasseurs. En compagnie de son chef de la sécurité, Hassan II échaffaude son plan de sortie de l’aéroport.

Il partira seul dans une voiture banalisée.

C’est donc lui-même qui va conduire pour se rendre dans sa résidence de Skhirat située à une trentaine de kilomètres de là. Quand on vous dit de faire votre permis, ça peut vous sauver la vie !

« Le coup d’État des aviateurs a échoué. Mais les pilotes ne le savent pas encore. »

Le coup d’État des aviateurs a échoué. Mais les pilotes ne le savent pas encore. Informés par Dieu sait quel contact au sol, ils dirigent leurs frappes sur le Palais. Les populations se rendent maintenant compte qu’il y a quelque chose qui ne va pas. C’est la panique !

Le bilan de cette journée de violence est terrible. Car si Hassan II a évité les balles qui lui étaient destinées, les mitraillettes n’ont pas fait dans la dentelle. Au moins huit morts et une cinquantaine de blessés, parmi lesquels quatre ministres.

« Comment s’assurer qu’un tel épisode ne se reproduisent plus ? »

Un coup d’État impliquant l’aviation militaire n’est pas ourdi par de simples agents de police. Des personnalités très haut placés sont impliquées. Mais qui sont-elles, quels sont leurs complices et comment s’assurer qu’un tel épisode ne se reproduisent plus ? En répondant à ces questions, le souverain du Maroc va se venger d’une manière radicale, implacable et sans faiblesse.

Le coup d’État des aviateurs, la deuxième tentative de coup d’État contre Hassan II

14 mois plus tôt, le roi du Maroc avait déjà évité un coup de force toujours organisé par les militaires. Il s’agit du coup d’État de Skhirat. Il s’est déroulé le 10 juillet 1971. Cette première tentative est bien plus classique. Elle se déroule dans le palais royal de Skhirat, qui est en fait la résidence d’été du Souverain.

Ce jour-là, le roi fête son 42e anniversaire quand les hommes du général Mohamed Medbouh s’invitent à la fête et tirent dans la foule des invités. Une centaine de personnes meurent tandis que plus de 200 sont blessées. C’est un carnage auquel le roi échappe pourtant.

Lors du procès de ce putsch en février 1972, les peines sont exemplaires. Dix officiers supérieurs, dont quatre généraux sont condamnés à la peine capitale, 74 officiers et sous-officiers écopent de peines allant de un an de prison à la perpétuité. 

« Pourquoi une faction de l’armée est-elle prête à tout pour faire tomber le roi du Maroc ? »

Comment comprendre que ces peines-là ne découragent pas les commanditaires de la tentative d’août 1972 ? Pourquoi une faction de l’armée est-elle prête à tout pour faire tomber le roi du Maroc en ce début de la décennie 1970, au point d’envisager d’abattre son avion en plein vol et de tirer avec des chasseurs F5 sur Hassan II, en compagnie de ses enfants et de personnalités comme l’ambassadeur de France Claude Lebel ?

Et comment les félicitations aux putschistes de Radio Tripoli, voix officielle de Mouammar Kadhafi à l’époque, peuvent-elles permettre de comprendre le climat d’insécurité qui entoure le roi du Maroc entre 1971 et 1972 et qui lui vaut deux tentatives de coup d’État d’une rare violence ?

Pour comprendre ces développements qui tendent à remettre en cause le pouvoir du roi, il faut remonter à ce que la chercheuse Eva Cantat appelle la « construction nationale marocaine ». 

Le roi, garant de l’unité d’une Nation éclatée

Le Maroc est tombé sous la domination coloniale au début des années 1900. Par des accords successifs, il a été administré à la fois par l’Espagne lors de la conférence d’Algésiras de 1906, et par la France suite au traité de Fès en 1912. Le pays est divisé en trois grandes zones : un protectorat espagnol, un protectorat français et une zone sous administration internationale à Tanger. 

Quand naissent les premières revendications nationalistes, il faut réunir ces trois ensembles pour reconstituer l’Empire chérifien

Mais de fait, chaque projet colonial évolue à son rythme. Les Espagnols n’avaient pas les mêmes urgences que les Français. Madrid et Paris se faisaient pourtant concurrence, en soutenant, par exemple, des mouvements contestataires dans les territoires voisins. Socialement, certaines régions comme le Rif, sous administration espagnole, étaient plus pauvres que le reste du pays. Le soulèvement du Rif fut l’un des premiers problèmes auquel le Maroc dû faire face après son indépendance en 1956.

À ces différences politiques et administratives, il faut ajouter des divisions sociales et culturelles. Le Maroc est une société multiethnique et multilinguistique. Le problème du décalage entre les élites urbanisées et lettrées et les masses populaires et rurales fait partie de cette segmentation culturelle. 

Toutes ces couches superposées ont rendue complexe la structure politique marocaine

Au moment où les partis nationalistes marocains ont poussés pour l’indépendance, ils ont fait de la figure du sultan Mohamed Ben Youssef le garant de l’unité du pays. C’est lui qui devient en 1957 le roi Mohamed V.

Seulement, du fait de leur histoire sous les protectorats, de leur situation sociale, de leur éducation, de leur situation économique, toutes les composantes de la société marocaine n’acceptent pas de conserver la monarchie comme système politique. Certains auraient voulu un chef d’État élu. La figure consensuelle d’un roi nationaliste est ternie.

À l’époque déjà, le roi garde une très large marge de manœuvre, bien qu’il doive s’appuyer sur le parlement pour gouverner. 

En 1961, Mohamed V meurt subitement, sans avoir pu résoudre ses différends avec le parti de l’Istiqal, le principal mouvement nationaliste proche d’un parti-État. 

« Les détracteurs dressent une longue liste de défauts contre le jeune souverain. »

Son fils Moulay Hassan, devenu Hassan II lui succède. Il n’a que 32 ans ! Trop jeune, trop inexpérimenté, trop occidentalisé pour être le commandeur des croyants, trop peu au courant de la puissance politique des partis politiques. Les détracteurs dressent une longue liste de défauts contre le jeune souverain. Ce dernier entreprend tout de même de continuer l’œuvre de réunification du royaume, dont son père était le garant.

Mais l’opposition en interne est extrêmement forte. Elle va se manifester par les deux tentatives de coup d’État auquel Hassan II échappe de manière miraculeuse. 

Malgré ces deux événements douloureux, le roi Hassan II va poursuivre sa politique unificatrice. Il va, par exemple, mobiliser tous ses efforts pour réorienter l’opinion publique sur des thématiques plus consensuelles et plus mobilisatrices, comme celle du Grand Maroc. Une idée qui a fait le succès des nationalistes – et de son père – au moment de la lutte contre les impérialistes. 

Des causes nationales et internationales

A l’époque, en Afrique du Nord, le Maroc reste la dernière monarchie de la région, depuis la chute le 1er septembre 1969 de la monarchie de Mohammed Idris El-Mahdi El-Senussi, alias Idris Ier en Libye, renversé par Mouammar Kadhafi. En juillet 1952 déjà, Gamal Abdel Nasser avait déjà renversé le roi Farouk et installe le général Mohamed Naguib à la tête de la nouvelle République d’Égypte. La Tunisie de Bourguiba accède à l’indépendance comme une république, pareil pour l’Algérie.

Malgré les soubresauts de ces premières années de la décennie 1970, le Maroc réussit à conserver sa monarchie et même à la renforcer. Mais Hassan II va apprendre à transiger et à manœuvrer sur le plan intérieur comme sur la scène internationale.

Si Rabat consent enfin à reconnaître la Mauritanie dès 1970, on observe ainsi un regain d’intérêt pour les territoires encore occupés au milieu de la décennie 1970 par l’Espagne. Le plus important d’entre eux est le Sahara occidental. Le territoire est rattaché au Maroc à l’issue de la Marche verte du 6 novembre 1975. Il s’agit d’une marche pacifique de plusieurs milliers de civils marocains encadrés par des militaires vers le Sahara occidental. L’initiative va porté ses fruits politiques vis-à-vis de l’Espagne, qui se retire du territoire. Cependant d’autres problèmes vont émerger de cette prise de possession marocaine du territoire sahraoui. Mais c’est une autre histoire, n’est-ce pas ?

* Retrouvez dans le podcast les titres Zine Wei-Ain Zarka d’Houcine Saloui et Lili Touil des frères Megri.